INTRODUCTION. XXIII Boinebourg poursuivait un double but bien difficile à obtenir: il voulait, d'une part, ne point rompre avec la France, parce qu'il y voyait une question de salut pour l'Allemagne, et, d'un autre côté, il procurait une alliance défensive entre l'Empereur, l'Électeur de Mayence, ceux de Trèves et de Saxe, l'Évêque de Munster, et les Margraves de Brandenburg et Kulm- bach. L'amitié de Boinebourg avait décidé Leibniz à se fixer à Mayence où il était devenu conseiller de l'é- lecteur. C'étaient les pensées patriotiques de Boine- bourg, que Leibniz se chargea de rédiger en trois jours, pendant qu'ils étaient à Schwalbach, et qui ont formé cet écrit politique en allemand, découvert et publié par Guhrauer, sur la Securitas ireterna et externa et status præsens (1), écrit déjà considérable où percent à chaque page les vues profondes sur l'état de l'Allemagne, sur la maladie de l'Empire et sur les moyens de lui procurer la santé. La France, disait-il, est contraire à l'unité de l'Allemagne et verrait de mauvais œil une alliance générale de tous les princès allemands. Or « il est dangereux d'avoir la France pour ennemie sur les bords du Rhin, » et il vaut mieux, il est plus politique de l'y avoir pour amie, afin de l'empêcher d'avancer en lui opposant une ceinture d'alliés dont elle soit forcée de respecter le territoire. Il faut donc se contenter d'une union par- tielle, et il rejette la triple alliance comme un roseau (1) Voyez Historia et jus publicum, s- série. Leibniz à Mayence.