2 MARS CHR1STIANISSIMUS. grandeur de la France, et ne laissent pas d'avoir plus d'égard à l'intérest de leurs Princes ou de leur nation qu'au bien général du Christianisme, sous prétexte de conserver la liberté de leur pays, qu'ils ne conser- veront pourtant pas contre les armes ottomanes, si la France ne les garantit de l'esclavage. Cependant on leur pourroit pardonner en quelque façon le zèle indiscret qu'ils monstrent pour leur patrie, s'ils ne s'émancipoient pas de parler indignement des bonnes intentions du Roy. Pour moy, quoy que je suis Alle- mand, je ne laisse pas d'estre un admirateur zélé de la vertu francoise, et, ayant des argumens invin- cibles pour confondre l'insolence de ces indiscrets, je me crois obligé en conscience de les mettre au jour. Je souhaitterois en effect que cette matière fût traittée par quelqu'un des meilleurs écrivains de France, qui seroit moins exposé à la calomnie, qu'un Allemand ne scauroit éviter. Mais je vois qu'il ne faut plus désormais attendre des argumcns de la part de cette nation, qui ne fera valoir son droit doresenavanL que par les armes, !1çachant bien que la fortune ou plus- tôt la justice du Roy lui fera toujours trouver assez de plumes estrangères. Dès l'année 1672, il a esté résolu en France que le Roy n'auroit plus besoin à l'avenir de rendre rai- son au monde de ses entreprises, comme ses ances- tres et les autres Potentats avoient toujours tâché de faire en publiant des manifestes superflus. C'est pourquoy lorsqu'on eut conclu d'attaquer les Hollan- dois, la déclaration de la guerre tint lieu de manifeste, et on y allégua pour toute raison la volonté et le bon plaisir du Roy, à sçavoir la mauvaise satisfaction de