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DES PRINCES. 61

sçait que Ferdinand Il fut presque le maistre de

l'Allemagne sans sortir de son cabinet. Cependant,

quoy que l'Empereur ait fait des grandes choses,

ayant chassé les Suédois de la Pologne et rétably ce

Roy, soumis les Hongrois rebelles, humilié la puis-

sance ottomane, et mis la France en danger dont

on se seroit plus aperçu s'il y avoit eu plus de fer-

meté et moins de veues particulières dans les alliés,

'avoue qu'il auroit fait bien davantage s'il luy avoit

esté permis de commander ses armées en personne.

Je ne suis pas de l'opinion que nostre auteur sou-

tient (p. 106) que l'Empereur seroit bien plus puis-

sant que la France s'il estoit maistre de l'Empire, et

que pour l'étendue la France n'est rien en compa-

raison de l'Allemagne car je croy qu'à présent la

France, avec ses nouvelles conquestes, est aussi

grande que l'Allemagne et qu'elle est bien plus riche

et plus peuplée. Ceux qui sont dans un autre senti-

ment se flattent.

Il veut (p. 111 ) que l'Empereur brouille les

princes de l'Allemagne entre eux et moy, je croy

qu'à présent que la France les menace tous, il est de

'leur commun intérest d'estre unis autant qu'il est
possible.

Il se persuade ridiculement que le duc de Nieu-

bourg, pour porter l'Empereur à la paix de Nim-

wègue afin de rentrer dans ses Estats, luy fit accroire

que les autres alliés avoient déjà signé leur paix

avec la France. Cet homme connoist peu l'humeur

Je' l'Empereur, qui vise luy-même les dépêches des

ministres avec une exactitude merveilleuse, et estin-

f'urmé de toutes choses.
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