DES PRINCES. 59 que jamais; car il faut élire un Empereur capable de soutenir ce poids, d'autant plus que la France est devenue formidable à l'Empire, et il n'y a point d'autre maison qui ait des forces proportionnées à cela, Mais je ne croy pas que l'avis qu'il donne à l'Em- pereur, de ne pas donner occasion au duc de Lor- raine, par le commandement de ses armées, de se rendre trop considérable pour prétendre un jour à l'Empire, soit fort nécessaire. D'appeller l'Empereur un prince fainéant (p. 88), c'est une ignorance et une témérité grossières. Ceux qui connoissent l'Empe- reur d'aujourd'huy sçavent que ny Charles V ny Phi- lippe Il n'ont jamais pris plus de connoissance des affaires que luy. Si on ne luy a pas permis de s'ex- poser aux hazards de la guerre, c'est qu'alors que la jeunesse l'y invitoit et qu'il y estoit extrêmement porté, la nécessité qu'il y avoit de songer à la conser- vation de la maison qui ne subsistoit presque plus qu'en luy, l'en détournoit indispensablement. On sçait que son père et son oncle ont donné des ba- tailles en personne, et que c'est apparemment la pré- sence de Ferdinand IIT qui fit gagner celle de Nord- linguen, qui changea la face des affaires. Au reste, l'auteur remarque fort bien que depuis la mort de M. de Turenne on n'a guères plus employé le prince de Condé, parce qu'auparavant on trouvoit à propos de partager le commandement entre deux grands ca- pitaines, afin qu'un seul donnât moins de jalousie. Il dit, au reste, pour nous guérir de la crainte qu'il a fait naistre cy-dessus, que le duc de Lorraine mourra probablement avant l'Empereur, et qu'il est