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DES PRINCES. 53

font bien no le font que par la bonté de leur naturel
ou par routine; et le plus souvent, l'enchaînement
des affaires instruit celuy qui a seulement de l'ap-
plication de ce qu'il doit faire, de sorte qu'on peut
dire que ce n'est pas une grande chose d'avoir fait ce
qu'on ne pouvoit omettre sans estre fort blâmable.
Au reste, ce n'est pas tousjours le succès par lequel il
faille juger de la beauté des projets. Une médiocre
prudence, jointe à une grande puissance, se joue ordi-
nairement des desseins les mieux concertés du plus
grand politique sans force. Cependant nos raison-
ncurs et nos historiens sont semblables à un astrolo-
gue qui feroit l'horoscope d'une personne dont la vie
luy est connue, qu'il ne manque jamais de trouver
dans les astres, et ces raisonneurs trouvent tousjours
que celuy qui est le plus heureux a esté le plus sage
et a préveu et réglé toutes choses; car ils ajustent
les conseils aux événemens.

S'il est vray (p. 13) que mademoiselle de Ketrouel,
depuis duchesse rie Portsmouth, a esté envoyée et
subornée par la France, c'est de quoy je n'ay rien à
dire, et jc douteray qu'une personne assez informée
m'en asseure.

Il n'est que trop vray (p. 13) que le feu roy d:An-
gleterre a sacrifié sa gloire et le repos de l'Europe à
ses aises et à ses animosités. Et il ne falloit pas que
les ministres de France fussent de grands sorciers
pour le voir et pour en profiter. Ce prince estoit d'au-
tant plus inexcusable qu'il avoit plus d'esprit et plus
de connoissances.

Les Espagnols sont justement blâmés icy (p. 15)
du peu d'effort qu'ils font de mettre ordre à leurs
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