MARS CHRISTIANISSIMUS. 31 esté bien aveugles, ou bien ils auroient mieux aimé de combattre ensemble que de périr séparément. Si nous remontons aux commencemens de la der- nière guerre, y a-t-il rien de plus violent que la ma- nière de laquelle le feu duc de Lorraine fut dépouillé de ses Estats? Tout son crime estoit qu'il ne vouloit pas estre à la mercy de quelque gouverneur, ou intendant françois, et qu'il cherchoit d'establir sa seureté par des alliances défensives, les plus inno- centes du monde. La guerre contre les Hollandois a esté si éloignée de toute apparence de raison (je parle sous la personne des ennemis de la France) qu'on n'en a pas sceû trouver même aucun prétexte. Et cependant tout ce que la France a fait de violent depuis dans l'Allemagne, dans les Pays-Bas, et ail- leurs, n'a pû estre excusé que parce qu'il estoit une suite nécessaire de cette guerre. C'est sur ce fonde- ment que les armées franroises ont traversé l'Alle- magne ( pour éloigner les secours qui pouvoient ve- nir aux Hollandois ou faire diversion à la France ), qu'on a pris Trèves, surpris et démantelé les dix villes d'Alsace d'une manière qui ne tenoit pas trop à la bonne foy, et exercé toute sorte d'hostilités dans le Palatinat du lihin, le tout sur les moindres soubçons, que la seule raison de guerre, mais d'une guerre la plus injuste qu'on ait jamais entreprise, authorisoit. On a eu l'insolence de déclarer à l'Em- pereur qu'il devoit le premier retirer ses troupes des terres de l'Empire, et que le Roy en feroit autant, quand l'Empereur auroit donné sa parole (et quel- ques autres princes en seroient demeurés garans) qu'il n'en feroit plus sortir de ses pays héréditaires,