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MARS CHRISTIANISSIMUS. 2b

bien affermie sur des bonnes raisons. Je leur fis
comprendre que nous travaillons pour la cause de
l'Église, que le nom de la patrie est un épouvantail
des idiots, qu'un homme de cœur trouve sa patrie
partout, ou plustost que le Ciel est la patrie com-
mune des Chrestiens, et que le bien particulier de
la nation allemande doit céder au bien général du
Christianisme et aux ordres du Ciel. Je reconnois
bien et je considère assez souvent combien la con-
dition des Allemands sera misérable sous le joug
françois. Ils méprisent déjà assez nostre nation,
quand elle fait encore figure dans le monde que ne
feront-ils pas quand elle sera vaincue et tout à fait
méprisable, quand ils auront sujet de nous repro-
cher non-seulement nostre simplicité mais nostre
lâcheté, si indigne de la réputation passée de la na-
tion et de la gloire de nos ancestres? Ils nous oste-
ront les armes, comme à des gens indignes de les
porter; ils abaisseront les familles illustres, ou les
transporteront en France les bénéfices, les charges
de conséquence, ne seront que pour les François, on
pour les âmes les plus serviles qui se trouveront
parmy les Allemands les esprits élevés et qui sem-
bleront garder quelque reste de l'ancienne vertu
seront affligés de mille maux, jusqu'à ce qu'on les ait
accoustumés tous à l'esclavage et rendu la nation
plus propre à estre un objet de la miséricorde que de
la crainte. Ces sortes de pensées sont des tenlations
du Démon, qui me tourmentent quelquefois. Car
l'esprit est promt, dans telles idées, et on a toujours
de la peine de se dépouiller des sentimens qui sem-
blent nés avec nous. Mais je m'en tire d'abord et je
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