NARS CHRISTIANISSIMUS. 21 affoiblis et épouvantez par le voisinage des Turcs. On ne se met pas en peine des Italiens, prêts à re- cevoir le joug, et dégénérez de la vertu de leurs an- cestres. Car on sçait que les Vénitiens, par exemple, remuèrent ciel et terre, quand la Maison d'Austriche entreprit je ne sçay quoy, dans le païs des Grisons; maintenant que la France a établi le siège de sa do- mination au beau milieu de l'Italie, ils n'osent dire mot. Je ne doute point que cela ne vienne du ciel, qui a soin de les aveugler pour les punir. Certes, quand l'Allemagne sera à la dévotion du Roy, il ne sera plus tems de. s'éveiller; car d'où lèveroient-ils du monde n'ayant presque point de trouppes aguerries en Italie ? L'argent seul ne suffit pas pour faire la guerre, quand il n'est pas employé à tems. Je crois bien q.ie les Italiens pourront faire quelque petit effort avant de se rendre, et qu'ils combattront un peu non pro aris et focis, sed pro Lec- tuli8, crainte des cornes que les François leur prépa- rent, avec lesquels ils sçavent bien que leurs femmes conspirent déjà secrètement, ce qui commence à éclater depuis que l'Envoyé de France, entré autres conditions assez rudes qu'il a proposées à ceux de Génes, a mis aussi qu'il seroit permis à l'avenir aux femmes de ce païs de jouir de la liberté fran- çoise, et de recevoir librement les François chez eux. Aussi les femmes italiennes n'attendent pas moins d'eux leur délivrance prochaine pour estre affran- chies du joug de leur maris, que les prestres d'Alle- magne en attendent la leur pour estre garantis des insultes des protestans.