MARS CHRISTIANISSIMUS. 18 1ère, lorsque le Roy aime mieux d'humilier les Hol- landois par les armes, que de leur donner une paix qu'ils estoient prests de recevoir de sa main. Les sages de ce monde n'en attendoient rien que de si- nistre, surtout quand ils voyoient l'Angleterre dé- tachée, et l'Allemagne avec l'Espagne jointe aux Hollandois. Mais la Providence en avoit ordonné au- trement. Le danger n'estoit pas petit asseurément, et on s'en seroit apperceu d'avantage, si les Suédois n'avoient sauvé la France, en attirant la tempeste sur eux. Cela se trouvoit escrit dans le livre des destinées et les Suédois, l'ayant fait contre leur intention, poussés par une puissance supérieure, en méritent aussi peu de reconnoissance, que le Roy mérite de blâme, pour les avoir délaissés, depuis qu'ils ont commencé à luy estre importuns, et, comme nous croyons, inutiles. Mais revenons aux actions extraor- dinaires du Roy, qui souvent choquent ceux qui le croyent fort prudens y a-t-il rien do si contraire à la raison, en apparence, que ce qu'il a osé faire l'an née passée, lorsqu'il a irrité et méprisé en même temps le ciel et la terre, l'Europe et l'Asie, le Pape et les réformez, l'Empereur et le Sultan, les Rois d'Espagne, de Suède et de Pologne, les Estats Gé- néraux, les Princes d'Allemagne et d'Italie, et, en un mot, quasi tout le monde ? Il s'estoit donc pû faire en même temps que le Pape l'eût excommunié, que le peuple se fût soulevé, que le Turc eût fait arrester tous les marchands et toutes les marchan- dises de France, que l'Empereur avec les Princes d'Allemagne eût attaqué les frontières du Royaume;