MARS CHRISTIANISSIMUS. 5 soit trahi par un silence que plusieurs prennent mal à propos pour l'aveu d'une mauvaise cause. J'espère de les en désabuser, et de monstrer incontestable- ment qu'on pourroit plustost accuser le Roy de trop de modération, que d'ambition, puisque l'insolence de ses ennemis ne prend son aliment que de ce qu'il ne s'y arrestera plus doresenavant, et qu'il renver- sera ces boutefeux qui prétendent d'empêcher que le peuple chrestien ait un chef contre les infidèles, que les hérétiques soyent destruits, et qu'il n'y ait qu'un Roy, une Foy, une Lo,y. Quelqu'un me dira que je propose les droits du Roy un peu cruement et avec trop de liberté, et que je découvre le mystère avant qu'il soit temps; mais j'ay sujet de croire qu'on ne le trouvera pas mauvais en France, car on n'a plus besoin de dissimuler, et Messieurs les François don- nent assez à connoistre, par leurs paroles et par leurs actions, qu'ils ne se soucient plus des jugemens du vulgaire, et sous le vulgaire ils comprennent tous ceux qui ne sont pas de leur party, puisqu'aujourd'huy, à moins que d'avoir l'âme françoise, on ne seau roi t. avoir l'esprit poli ny élevé au dessus du commun. D'ailleurs j'ay bien des marques qui me font croire quo la France ne fait plus scrupule de découvrir ce qu'elle a jusqu'icy tenu caché. En voicy quelques unes il y a quelque 15 ou 18 ans que certaines per- sonnes soubçonneuses avoient, je ne sçay comment, eu quelque vent des practiques qu'on faisoit dès loys pour faire tomber Cazal sous la puissance du Roy. Sa Majesté ayant appris ces bruits qu'elle jugeoit alors désavantageux, ordonna au sieur Gravelle de publier le contraire en Allemagne, et d'asseurer les