LIV INTRODUCTION. ployé par Leibniz dans une lettre à madame de Bri- iion, où il la met en garde contre ce qu'il appelle les surprises ultramontaines. Il semble qu'il n'eût pas dû s'adresser à Bossuet, dont le discours sur l'unité de l'Église se termine par une exhortation à conserver ces fortes maximes de nos pères que l'Église gallicane a trouvées dans la tradition de l'Église universelle. Le promoteur de la déclaration de 1G82 avait-il donc à se défendre d'être un suppôt de Rome? Les ultramontains, qui ne lui ont pas épargné l'imputation de gallicanisme, seraient bien étonnés de se trouver un nouvel et puissant allié sur lequel ils comptaient si peu. Telle n'était point la pensée de Leibniz, et son appel au gallicanisme avait une tout autre por- tée. La France, depuis Henri IV, et même avant lui, comptait dans son sein deux partis et comme deux sociétés distinctes, la société religieuse et la so- ciété civile la première, représentée par nn clergé influent, par d'éminents évêques et par des canonistes distingués; la seconde, qui s'était formée plus lente- ment à l'école sévère des jurisconsultes et des politi- ques, et qui avait soutenu nos rois par ses lumières. Leibniz, qui ne nie pas la science de nos théologiens et de nos sorbonistes, ne dissimule pas non plus son goût pour nos grands jurisconsultes. A ses yeux Bos- suet était le plus illustre représentant des premiers, mais son gallicanisme religieux se liait aux théories les plus absolutistes et ne l'empêchait pas d'incliner par une tendance commune à tous les ecclésiastiques vers le parti de Rome: les Bignon, les Harlay, les