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LVI INTRODUCTION.

Ce voyage avait-il du moins un but religieux? Se
rattachait-il de près ou de loin à la décision si sou-
vent et si vainement réclamée de lui ? Y était-il attiré
par quelque secret désir de conversion ? Rien encore
n'autorise ces pieuses conjecture. Nous le voyons
bien descendre aux catacombes, en compagnie du
célèbre antiquaire Fabretti, y discuter le sang des
martyrs, emporter même un fragment de verre rougi
de ce sang précieux, pour le soumettre à l'analyse
chimique; mais il n'en sortit point catholique. Il se
mit de même en rapport avec le P. Grimaldi, de la
société de Jésus, pour la continuation des missions
en Chine mais c'était dans un but scientifique et
quand quelques pères, trompés par les avances du
savant, y répondirent par des ouvertures tendant à
conversion quand l'un d'eux Annibal Marchetti
lui conseilla de lire Beccam et Bellarmin, Leibniz ne
cacha point que son but était le progrès de la con-
naissance des peuples et des langues de la haute
Asie. Enfin un fait plus grave, qui nous est attesté
par Leibniz, est de nature à faire cesser bien des
doutes. Dans une lettre à l'abbé Thorel, qui faisait
briller à ses yeux les clefs de la bibliothèque du roi,
Leibniz lui dit en confidence qu'il avait refusé la
garde de la Vaticane, dont on passe souvent au car-
dinalat, parce qu'on y mettait l'inévitable condition
la moindre chose. Aussi n'y avoit-il point d'apparence pour cela. Le pape
estoit moribond, et, quand il mourut, je n'avois pas dessein d'attendre l'élec-
tion du successeur. Mais les apparences estoient que le conclave ne dureroit
pas longtemps je me laissay persuader d'y rester.
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