PREMIÈRE JOURNÉE 53
marcher. » J'ai marché et j'ai bien le droit de rappeler ici que c'est moi, aidé
par le secrétaire de la Fédération des Mal-Lotis, aippartenant au textile de la
région parisienne, qui ai mené campagne dans Rouen, où notre syndicat comp-
tait plus de 2.000 membres, et dans toute la banlieue en faveur de la grève contré
la guerre du Maroc.
Il est tout de même pénible de se voir ensuite accusé uniquement parce
qu'on a eu la franchise de déclarer ses craintes et surtout parce que les événe-
ments ont montré qu'on était trop perspicace. Ah certes, j'aurais préféré que
mes pronostics fussent faux. J'aurais préféré me tromper. Mais, hélas mes pré-
visions se sont réalisées.
Nous avons vu, en face de nous, s'instituer une amicale fasciste que nous
avons été impuissants à détruire depuis, même à l'occasion de la grève victo-
rieuse de l'année dernière, et cela uniquement parce que les militants n'avaient
pas voulu, dès l'origine, regarder le danger en face.
Toutes ces. idées, tous ces faits, je les ai exposés devant le Comité fédéral,
mais ne me croyant pas le droit d'influer seul sur ses décisions, j'ai demandé
aux secrétaires fédéraux de poser la question aux camarades des autres ports.
A Bordeaux seulement, il nous fut répondu que l'on pouvait faire la grève
sans trop de risques. Alors, le Comité fédéral a mis debout sa résolution.
Mais, hélas c'est la récompense de ceux qui ont le courage de mettre en
harmonie leurs pensées et leurs actes. Notre crime, c'est que cette résolution est
tombée dans le domaine public, c'est d'avoir vu la presse bourgeoise s'en
emparer.
Mais, dites donc, camarades, lorsque, à la suite dé circonstances dont je n'ai
pas à connaître, des dissentiments beaucoup plus graves éclatent entre vous,
lorsque vous décidez que le moment est venu de faire un peu de nettoyage dans
la maison, lorsque vous en prenez trois et que vous les mettez là, lorsque vous
en prenez une seconde série de trois, ce qui fait six, et que vous la mettez encore
là et que vous leur dites a Voilà votre route, allez-vous-en », est-ce que les
journaux de la bourgeoisie ne s'emparent pas de ces dissentiments, est-ce qu'ils
ne les exploitent pas ?
Chaque fois que la bourgeoisie se rend compte que, dans le mouvement
ouvrier, des divergences de vues, quelquefois fondamentales, se produisent, elle
ne manque pas de s'en emparer, et, ce faisant, elle est dans son rôle- Vous ne
pouvez pas vous en montrer surpris et, malgré vous, comme malgré moi, cela
continuera.
Gitton a «fait état ce matin de la dépêche que nous avons envoyée à notre
camarade Ciavaldini. Nous avons pour habitude, quand nous commençons
quelque chose, de Je conduire à bien et la dépêche que nous avons envoyée ne
peut pas vous effaroucher. Elle n'était que la conséquence logique de la réso-
lution prise à notre Comité fédéral. (Rires et protestations
Vous reconnaîtrez volontiers que vous n'avez rien négligé pour faire con-
naître au monde ouvrier notre attitude de traîtrise, notre attitude de vendus
à la bourgeoisie. Enfin, la classe ouvrière de ce pays nous connaît maintenant
sous notre véritable jour.
Eh bien camarades, .malgré cela, vous le voyez, nous ne sommes pas trop
émotionnés. Nous nous présenterons avec la même facilité devant les assemblées
syndicales qu'on se présente ici devant le Congrès confédéral. Nous explique-
rons notre attitude aux ouvriers et nous leur dirons Ce que la V. O. a écrit,
ce que l'Humanité a écrit, les tracts qu'on a pu distribuer, les journaux qu'on. a
pu imprimer conservez tous ces documents, relisez-les attentivement, pénétrez-
vous de leur contenu et vous qui nous connaissez, qui nous avez vu à l'œuvre,
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-R-45877 (1929)