PREMIÈRE JOURNÉE 39
Ici, une petite parenthèse. On parle de la courtoisie des débats, je n'ai pas
eu l'occasion de la constater, mais j'espère que l'absence de courtoisie dont j'ai
souffert ne se reproduira plus.
Mais, s'il y a une courtoisie dans les débats, j'espère que ce ne sera pas une
courtoisie apparente, mais une courtoisie de fond et que nous me réverrous plus
ce que nous avons vu à Bordeaux quand ,une brute, représentant un organisme
supérieur puisque nous avons des dignitaires -est venue frapper un camarade
plus faible, j'ai nommé Herclet. ̃
Je passe au premier chapitre sur la rationalisation. Que dit-il ? Que la ratio-
nalisation industrielle était à peine commencée à l'époque du dernier Congrès,
que ce problème apparaissait comme une question théorique et rencontrait beau-
coup de sceptiques ,en nos rangs. Pour la Fédération des Cheminots, existait-il
même un courant de rationalisation des chemins de fer ?
C'est totalement inexact. Citez les cheminots, nous avions un courant d'après
lequel on voulait introduire la rationalisation dans tous les réseaux.
Quand j'ai parlé tout à l'heure de ce qu'on appelle la rationalisation et qui
n'en est pas, j'ai été très bref, et je puis dire: « Dans la rationalisation, que met-
on, à l'heure présente ? On y met la compression, la surexploitation, le machi-
nisme, la diminution des salaires, les heures supplémentaires. (Bruit.)
On y met le travail à la tache et à la chaîne et on y a mis les accidents du
travail. Un accident du travail, c'est de la rationalisation
Quand je me foutcrai un coup de marteau, chez moi, en plantant un clou,
je dirai que c'est de la rationalisation. (Hilarité.)
LE Président. La parole est à Simonin, pour une motion d'ordre.
Simoni.v. Nous demandons aux délégués d'observer le plus grand silence
pendant l'exposé des divers orateurs.
Nous ne devons pas craindre d'écouter les exposés des représentants de
'opposition, les camarades de la majorité auront tout loisir, au cours des débats,
our apporter leurs conceptions.
'̃ En conséquence, nous vous demandons d'observer le plus grand calme et
de permettre à lperlot de continuer. (Approbations.)
LE Président. Camarades, je pense que vous vous inspirerez des décla-
rations du Bureau et laisserez parler notre camarade.
Berlot. Les chiffres donnés dans cette étude sur la rationalisation sont, à
ilion avis, peu probants, outre qu'ils révèlent une faible augmentation de la pro-
duction, en 1928, sauf dans une industrie nouvelle, celle de la soie artificielle,
ce qui va de soi, si j'ose dire. 'On y voit que, pour la France, la véritable augmen-
tation est surtout pour le minerai.
Or, d'où vient-il? De l'annexion du bassin lorrain. Faut-il dire qu'à l'heure
actuelle la production n'est pas supérieure à ce qu'elle devrait être ? Non.
Et pourquoi étudie-t-on la rationalisation ?
Pour lutter contre elle et nous ne voyons que cela lutte contre la rationa-
lisation, mais quelle lutte, et sous quelle forme voulez-vous lutter?
Voulez-vous arrêter les progrès de la technicité ? Je ne pense pas que c'est
ce que vous voulez car, alors, vous en reviendriez à !l'action irréfléchie des tisse-
rands de Lyon qui brisaient les premières machines, parce que cela constituait. la
rationalisation de l'époque.
'1 faut dire contre quel genre de rationalisation vous voulez lutter, contre
quél système de rationalisation et jusqu'à quel .point vous êtes partisans de cer-
taine rationalisation.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-R-45877 (1929)