De A.TReueîV Liure I
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̃de Marrt-
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n>jHe par
Us Turcs.
Chacun à la porte du Seigneur en Conftantinople) ne trouuoicnt bône cefte priuau-
té fi gran de,& fe douto'ét 1 qu a la fin le Turc ioue'roit vn coup de fa main a leur Prin-
ce.Pource luy rernonftrét,&: reduifent en mémoire ce que le Roy d'Alger auoit vou-
lu attenter contre luy que le Turc ne fait compte de fa vie,pourueu qu'il puifie faire
quelque agréable feruice à fon Seigneur: que de pareils accidens eftoient furuénuz
prefque de leur temps. Le Roy ne refpond rien mais comme il eftoit fin, defïiant, &
mêfchant en toute extremité,apre$ auoir penfé longuement fur cecy, delibera de fen
deffaif q 5c les pafîèr tous au trenchant de l'efpee. Or aduint qu'il receut nouuelles de
fon fils qui eftoit au Royaume de Su qu'en Te àfi, ville pofee pres le mont Atlas, en
l'ancien pais de Getulie y auoit quelque efmotion. Cecy donc entendant, il manda
fon armée, pour marcher au premier iour, plus pour acheuër fon entreprise furles
Turcs,que de foucy qu'il euft de chaftier les Tedfiens, lefquels pouuoient eftre punis
par la feule force du fils. dudit Seigneur, qui pour lors eftoit en Su & tiroit la route
de Fez.Les Turcs oyans le grand chemin qui f appreftoit,ôc que le Roy ne faifoit que
parlementer. auec fes Confeillers, lesquels ils fçauoient eftre leurs ennemis, commen-
cèrent aie douter de l'entreprife.De tirer en arriere,n'y auoit moyenrde refufer à fai-
re le voyage,encore moins,d'autant qu'ils fè fuffent renduz odieux à toute l'armée, &
Jeulfent a/feuré le Tyran de ce qu'il ne fçauoit que par foupçon & toutefois eftoient
ils informez à la vérité du complot prins fur leur faccagement, lequel fapprochoit
bien fort. Qui fut caufe, que ioüans à quitte ou double, ils fe délibèrent deuancer le
Roy, durant qu'encore il fe fioit foubz leur garde:& pour intimider d'auantage far-
mêe, complotèrent de tuer tout tant qu'il y auoit de grands Seigneurs & Capitaines,
qui en troient ordinairement au Confèil,croyans,que les bandes voyans vn tel maflà-
cre des principaux,ne fe deffiaflènt l'vne de l'autre,& leur permiffent leur retraite H-;
bre.L'heure choifie,comme le Cherif eftoit entré au Confeil,& chefs de l'armee,pour
parfaire la coniuration contre les Turcs-.comme les Alarbes qui eftoient la plus fidèle
garde du Seigneur, fen fuifent allez, félon leur mode, au fourrage ne reitarit près les
tentes du Roy que quelques deux cens reniez, qui auffi eftoient de garde voicy les 1
Turcs qui entrent au-lieu du Confeil ayans mis feure détente aux aduenues, & là de- 1
dans maffacrent & Roy,& Alcaires;& Capitaines, lefquels feftoient voulu mettre en [
telle quelle defenfe félon le lieu & laneceffité.. Les reniez, aufiî infidèles à leur Roy,;1 il
que iadis ils auoient efté conflans en la religion Chreftienne, en lieu de faire tefte aux
Turcs,fe meirent de la partie,& voulurent auoir part au gafteau. Le meurtre failles
tentes fàccagees, ils fe retirent tout à leur aife j fans que pas vn des Lybiens & Marro-
qu ois fe meift en deuoir de venger la mort de leur Prince.Ces meurtriers prenâs leur
chemin pour fen aller,pafïènt par Torodant,v'ûlc anciéne, loing du mont Atlas quel-
ques deux lieues & enten dans que l'armée ne bougeoit point, y entrent,la pillent &
faccagent les habitans ne penfàns point auoir les ennemis fi pres d'eux. Làles Turcs
fc rafraifchifïcnt plus de quinze iours.Qiie fi ce pédant ils euflfent paffé oultre, ils fuf-
fènt paruenuz en Alger,auant que l'armee les euft peu attaindre3laquelle les coftôyoit
pour les furprendre, attendant la venue du Roy nouueau, nommé <£Moulé endetta,
qui fignifie en leur langue, Souuerain Seigneur,& y regne encores auiourd'huy,eftat
Prince courtois,principalemet aux eftrangers.il a trois enfans bien ieunes, & vn qu'il
a eu d'vne fienne Efclaue Noire, qui a enuiron vingt fix ans. Il eft r *us noir de vifage
que les trois fufHits, par ce qu'il tire à la couleur de fa mere. Ce Ray donc ayant en-
tendu les piteufes nouuelles de la mort de fondit pere ne feit aucun delay, ains pre-
nant trois mille cheuaux fen vint en toute diligence au camp. Les Turcs, aduertis
qu'ils font de cecy,voyans-que Torodant n'eftoit affez fort pour tenir, trouiïènt ba^a-
Moule ^t-°
delld,à pre-
fent fi^yde
Marroque.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, G-450