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par où il paffoit. le vous puis alfcurer, que iamais du temps des Arriens, l'Afrique ne
fut fi tourmentée qu'elle fut foubz la fureur de ce prefcheur & hypocrite ne mefme
du temps de Mahemet qui liura vingt deux batailles, en la plus grand part desquel-
les fut vainqueur, tant contre les Perfes, Egyptiens, que contre les Grecs & fèmbloit
eftre vne figure de ce qui f'eft paffé en France Angleterre, Efcolîè & Allemaigne de
mon temps, parie nefçay quel defàftre. C'eftoit horreur de voir les Princes meurtris
comme belles, les grands Seigneurs defpouillez de leurs biens,& occis,ou mis en fer-
uage:tellement qu auec la cauallerie Arabefque,& la fanterie tant de tes terres qu au-
tres qui eftoient de fa fècle, en moins de trois ans il fe feit Roy de Tremiffen, ^/arro-
^ue.Dar^Taphiletce^Su, & à la fin de Fez: mais c'a efté depuis vingt cinq ans en ça e-
ftant fi grand & puiffant, que le Turc ne luy ofe courir fus & le refte des Barbares en
fontefpouuantez,leur eftant bien aduis,que ce foit quelque chofe celefte,que la gran-
deur foudaine d'vntel homme, qui, comme Mahemet, d'vn petit compaignon &
fimple preftre,eft deuenu Roy des plus beaux, riches & floriffans Royaumes de toute
l'Afrique & C'eft vn des beaux exemples que homme fçauroit mettre en auant. Mais
laiffans le difcours à vn autre, pourfuyuons auffi bien la mort du Ch erif que fes con-
queftes,lcfquelles il a faiftes toutes en quarâte trois ans qu'il a régné, & eft mort deux
ou trois ans après ma venue & retour d'Afrique, & pais de l'Antarctique. Voicy l'oc-
càfion Se moyen de fa deffai&e. Le Roy d'Alger,ayant fçeu quels eftoient les coplots
que ce galand faifoit contre luy, & comme il tafchoit par tous moyens de luy courir
fus êe gaigner terre, auoit tafché de £urprendre la ville de Bêles qui efl riche & de
grand traffic,au Royaume de TremiiTen. Mais les Chreftiens,qui font foufferts es ter-
res du Cherif en liberté,& receuz affez humainement, fçachans ce complot,en àduer-
tirent le Roy de Marroque qui rompit le coup au Roy tributaire du Turc,Sc feit zf~
fez belle deffaicte de Turcs & Barbares qui eftoient de î'entreprinfè. L'Algérien trop
foible pourï*àttaquer à celuy de Marroque, qui feftoit aggrandi par la conquefte de
Fez; quoy que les Chrétiens eufïènt donné fecours au pauure Roy de Fez qui les en
auoit requisjdelibera de f en venger par ruze & furprife, puis que les forces luy man-
quoient.A cefte caufe il inftruifit vn Capitaine,Turc naturel, vaillant homme au po£
fible,à l'éffeâ: de fon delTein. Le Turc print douze cens hommes,la plus part harque-
buziers,tels que font ordinairement les laniffaires,& le refte archers félon leur mode,
auec quelques. cent ou fix vingts cheuaux & laiiTans le Roy d'Alger,comme f ils fui-
fent mal cbntens de luy prindrent le chemin de Marroque ( tout ainfi que gens qui
cherchent parti) où pour lors eftoit le Cherif ioyeux de les conqueftes, mais en pei-
ne, pour iè voir entre peuples qui ne l'aymoient guère a caufe des maux qu'il auoit
faiâ: fur eux Se leurs Princes Se pource il tenoit grand garde de ceux de Taphilette,
Dara, & TremiiTen, en fa court. Et cefte deffiance des fiens donna auffi meilleure en-
tree aux foldats d' Alger .Neantmoins ce Preftre-Roy,voyant fi belle troupe/enquift
de leur venue,Sc pourquoy ils auoiét quitté leur Seigneur. A quoy il luy fut refpon-
du,quils eftoient pauures fbldâts,qui auoient laifle Sala-raix (ainfi fe nômoit le Roy
d'Alger) à caufe qu'il leur faifoit mauuais traitement, & que fil luy plaifoit les rete-
nir à fon fèfuice qu'ils luy féroiet fi fidèles, que la feule mort feroit celle qui feroit la
feparatibn d'eux d'auec fàMaieftéxe que à la fin ils executerét.Le Cherif pour les rai-
fons que defïus les receut Se appointa, & en peu de temps ils Ce portèrent fi bien à fa
fuite, que c eftoit fâ principale garde, non moins que font les Ianùlàires pres la per-
fonne du grand Empereur des Turcs:ioin£t auffi qu'il les fauorifoit plus que les fiens
,propres,tellement que l'argent ne leur manquoit en rien .Les calcaires cepédant (qui
font ceux de fon priu£Çonfèil Se qui manient les affaires, comme les Bafthat ou
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, G-450