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Titre : Oeuvres complètes de Gustave Flaubert. T. 12, 2
Auteur : Flaubert, Gustave (1821-1880)
Éditeur : L. Conard (Paris)
Date d'édition : 1910
Type : monographie imprimée
Langue : Français
Format : 18 vol. ; in-8
Format : application/pdf
Droits : domaine public
Identifiant : ark:/12148/bpt6k107251t
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-18098 (12)
Relation : Notice d'ensemble : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31697016g
Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31697016g
Provenance : bnf.fr
Date de mise en ligne : 15/10/2007
smarh: 86 pages trouvées
p.8 (2)
IncEgesta moles. Ovide. Cette œuvre, inédite jusqu'à ce jour, n'a pas obtenu le prix Montyotu Le curieux, le malheureux, qui ouvrira ceci, pourra s'en étonner, car sa bêtise semblerait devoir le lui décerner de droit. SMARH VIEUX MYSTÈRE. La mrre en permettra la lecture à sa fifle. L'AUTEOR. SMARH
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SMARH. 9 Les races s'étaient prises d'une lèpre à. l'âme, tout s'était fait vil. On riait, mais ce rire avait de l'angoisse, les hommes étaient faibles et méchants, le monde était fou, il bavait, il écumait, il courait comme un enfant dans les champs, il suait de fatigue, il allait se mourir. Mais
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SMARH. i 1 je vais le plonger dans le mal en peu d'heures, et puis tu me diras si la vertu est encore sur la terre, et si mon enfer n'a pas fondu depuis longtemps ce vieux glaçon qui la refroidissait. Tu verras que de telles œuvres me rendraient bien digne de créer un monde et si elles ne me font
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vous, je mourrai en vous bénissant et je passerai de ce monde dans un autre meilleur encore. Bonheur, joie, amour, extases, tout est en vous! (Il s'agenouille et prie.) SATAN, en costume de docteur. Pardon, maître, de vous interrompre dans vos pieuses pensées. SMARH. L'homme de Dieu se doit à tous. SATAN
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SMARH. 1 3 LA FEMME. Consulter notre père en religion. YUK. II est maintenant occupé à réfléchir, à causer, à disserter, à savantiser avec ce saint homme que vous voyez là, en habit de docteur, on ne peut l'approcher. LA FEMME. Un docteur! Est-ce un nonce du pape? ou quelque théologien de Grèce
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la Vierge vous avez des enfants. charmants, qui ressemblent à leur mère. LA FEMME. Vous êtes donc du pays pour savoir cela? Oui, je les aime bien, ces pauvres enfants! YUK. Et vous êtes heureuse ainsi ? LA FEMME. Bien heureuse, mon seigneur, que me faut-il de plus? SMARH répond au docteur. A vous dire vrai
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SMARH. '5 5 livres dont je parle, maître, c'est celle du cœur et de la nature. SMARH. Sans doute! Alors j'ai mûrement réfléchi, et bien des ans de ma vie. SATAN. J'avais donc raison de dire que vous étiez savant. Ce mot-là doit-il s'appliquer à un homme qui possède beaucoup de livres, comme à
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OEUVRES DE JEUNESSE. 16 servez vos maîtres » aux voleurs « Soyez honnêtes gens »; quand un pauvre vient vous demander l'aum6ne, vous dites pour lui des prières. SMARH, étonné. Qu'ai-je donc? SATAN. Et jamais, car vous êtes trop saint pour cela, en confessant dans votre cellule des jeunes femmes
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SMARH. 17 chaque jour vous dites sans scrupule « Faites le bien, évitez le mal, aimez Dieu, nous avons une âme immortelle» sans savoir ce que c'est que le bien et le mal, sans jamais avoir vu Dieu, sans savoir s'il existe, et vous en rapportant à la foi d'un vieux prêtre radoteur qui, comme
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SMARH. l9 mite pour vous enseigner ce que vous avez à faire? Si la vertu existe, chaque créature doit pouvoir d'elleméme la discerner et la mettre en pratique. LA FEMME, à part. Je n'y avais point songé. (Haut.) Oui, vous avez raison, je résisterai bien seule, d'ailleurs, je chasserai bien seule
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, qui nous enseignera tout cela. SMARH. Quelle science? SATAN. La science que je sais.
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SMARH. 21 Et vous me montreriez tout cela? Qu'êtes-vous? un ange ou un démon? Eh bien, le premier de ces hommes que vous verrez, que ce soit un jeune homme de 16 ans environ, blond et rose, et qui rougira sous vos regards, prenez-le, cet enfant, amenez-le dans votre chambre, et là, dans la nuit
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! Elle sort. YUK, riant. Voilà une commère qui, avant demain matin, se sera donnée à tous les gamins de la ville et à tous les valets de ferme. La naît; la Inné et les étoiles brillent; silence des champs. SMARH, seul. II sort de sa cellule et marche. Quelle est donc cette science qu'on m'a promise? où
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SMARH. *3 Qu'est-ce donc? ma pensée se perd dans cet abîme. Est-ce que je n'étais pas heureux à vivre ainsi saintement, à prier Dieu, à secourir les hommes? Pourquoi me faut-il quelque chose de plus ? L'homme est donc fait pour apprendre, puisqu'il en a le désir? Je n'ai que faire
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une heure, où je serai, ce que j'aurai appris! Où est donc l'être inconnu qui m'a bouleversé l'âme? Satan parait. SATAN, SMARH. SATAN. Me voilà! j'avais promis de revenir, et je reviens. SMARH. Pourquoi faire? SATAN. Pour vous, mon maître! SMARH. Pour moi! Et que.voulez-vous faire de moi?
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SMARH. 25 Mais il n'y en a qu'une, c'est la science, la vraie science. Ne vouliez-vous pas connaître la science? Quelle science? Comment I'appeIIe-t-on donc? C'est la science. Je ne la connais pas; où la trouve-t-on? Dans l'infini. L'infini, c'est donc elle? Et celui qui le connait sait tout. Mais
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. Rapproche-toi plus près de moi, viens, cramponnetoi à mes pieds, si tu as peur. Étrange spectacle! Voilà le globe qui est là, devant moi, et je l'embrasse d'un coup d'œil; la terre me D^ns les airs. Satan et Smart planent dans l'infini. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SMARH.
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SMARH. 27 semble entourée d'une auréole bleue et les étoiles fixées sur un fond noir. SATAN. Avais-tu donc rêvé quelquefois quelque chose d'aussi vaste? SMARH. Oh! non, je ne croyais pas l'infini si grand! SATAN. Et tu prétendais cependant l'embrasser dans ta pensée, car chaque jour tu disais Dieu
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, je suis perdu, je roule. Regarde donc comme tout est beau Mais pourquoi cela est-il fait? Es-tu content de mes promesses? Tu te plains donc? SMARH. Je ne sais si c'est de la douleur ou de la joie. SATAN. N'est-ce pas pour moi? Pour toi seul, n'est-ce pas? L'éternité, l'infini, c'est donc tout cela
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SMARH. 29 Grâce? et pourquoi? N'es-tu pas le roi de cette création ? Cette éternité qui t'entoure a été créée pour ton âme. Mais cette création roule sur moi et m'écrase, cette éternité m'étourdit et me tue. Vraiment? Grandeur de l'homme! Si je voulais pourtant, je la lâcherais, et tu tomberais
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ŒUVRES DE JEUNESSE. 30 SMARH. Oh! l'éternité! C'est donc cela, c'est donc le bonheur promis? SATAN. Grand bonheur, n'est-ce pas? de durer toujours! Et c'est là ce que tu souhaites! tu veux l'éternité, toi, et tu es déjà las de tout cela! tu veux l'éternité, et la vie te fatigue? Est-ce que cent
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SMARH. 3 i de le connaître? quelle est cette démence qui te ronge? II faut donc que tu connaisses tout! Et si tu arrivais à ne voir dans l'infini qu'un vaste néant? Va, laisse celui qui a fait tous les grains de poussière brillants, il a maintenant pitié de son œuvre, il s'inquiète peu
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, la machine est faite, elle roule, elle broie, elle tourne toujours. Et ses bornes étaient encore plus loin? II s'était fait de lui-même. Ne se Iassera-t-elle jamais? Je l'espère, car l'éternité. SMARH. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN.
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SMARH. 33 Oh! oui, ce mot-là est effrayant, n'est-ce pas? et il ferait trembler, quand même il ne serait que du vide. Oh! oui, tous ces mondes se lasseront de tourner et de briller, et ils tomberont en poussière, usés comme des ossements; oui, ce soleil, un soir, s'éteindra dans la nuit du néant
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ia lune est blanche et comme le soleil a des gerbes d'or sous nos pieds! Et il me semble que cela est fait pour Et nous sommes donc libres. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH.
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SMARH. 35 moi, car pourquoi donc seraient-ils alors? la création doit avoir un autre but que sa vie même. Tu es libre? tu es grand? Vraiment non, la liberté n'est ni pour ces astres qui roulent dans le sentier tracé dans l'espace et qu'ils gravissent chaque jour, ni pour toi qui es né
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! l'âme de l'homme et la nature de Dieu sont donc également obscures? Incomplètes et mauvaises l'une et l'autre. Je les croyais toutes deux grandes et vraies. SATAN. Tu pensais donc que tu étais bien sur la terre? SATAN. SMARH. SMARH. SATAN. SMARH.
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SMARH. 37 Ah! cela est vrai, je me rappelle! Tu étais donc heureux, toi, tu jouissais d'une béatitude pure et éternelle, tandis que, tout autour de toi, tout ce qui vivait se tordait dans une angoisse infinie, éternelle. Quoi! i tu n'avais jamais senti tout ce qu'il y avait de faux dans la vie
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tes narines se flétrissent-elles le soir? pourquoi, quand Tu n'avais donc jamais entendu parler du Diable? SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN.
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SMARH. 39 tu prends un serpent, il te pique? pourquoi, quand tu aimes un homme, te trahît-il? pourquoi, quand tu veux marcher, la terre s'abaisse-t-elle sous ton pied? pourquoi, quand tu veux marcher sur les flots, s'abaissent-ils sous toi pour t'engloutir? pourquoi faut-il te vêtir, te nourrir
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ŒUVRES DE JEUNESSE. 4o vrai n'est que le vautour que tu as en toi et qui te ronge. SMARH. Dieu est donc méchant? moi qui le bénissais! SATAN. Tu ne peux savoir si son oeuvre est bonne ou mauvaise, car tu n'as pas vécu, tu es à peine un enfant sorti de ses langes et de sa crédulité. Oui, celui
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SMARH. 4i cependant j'ai peur. C'est donc le mal qui a créé toutes ces beautés, c'est l'enfer qui a fait toutes ces choses? Oh! non, non, j'aime encore, j'ai en moi l'amour qui gonfle ma poitrine. Cependant celui qui me conduit jusqu'ici est fort et vrai, sans cela l'aurait-il pu? SATAN. Oui, celui
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le sombre infini. Mais toujours dans le néant. Non, non, fais-moi redescendre sur ma terre, rends-moi ma cellule, ma SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH.
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SMARH. 43 croix de bois, rends-moi ma vallée pleine de fleurs, rends-moi la paix, l'ignorance. (Ils descendent.) Merci! Ou plutôt fais-moi connaître le monde, mène-moi dans la vie; tu m'as montré Dieu, montre-moi les hommes. SATAN. Oui, viens, suis-moi, je te montrerai le monde et tu reculeras peut
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d'une goutte d'eau de l'Océan? SMARH. Mais regarde toi-méme comme la mer est douce et comme les rayons du soleil lui donnent des teintes roses sous ces ondes vertes Sens-tu le parfum de la vague qui mouille le sable, comme les flots sont longs et forts, comme ils roulent, comme ils s'étendent? vois donc
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SMARH. 45 rochers, comme tu es petit même auprès des brins d'herbe que foulent les bœufs et qui se redressent après. Oui, tu es plus faible que ces cailloux que la mer roule en criant, comme si elle avait des chaînes dans le ventre. Et toi donc ? N'y a-t-il pas un pied aussi qui t'écrase sous son
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et qui souffre, pour ses œuvres indestructibles, pour ses ouvrages sans fin, pour sa poussière immortelle! SMARH. Le peu de durée de nos œuvres n'en prouve pas moins la puissance. SATAN. C'est-à-dire que ta force prouve ta faiblesse; tu es éternel et tu meurs, tu es fort et tout te dompte
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SMARH. 47 une création quelconque, une fécondité, non, non, te dis-je jeté sur le monde, tu as voulu, dans ton orgueil immense, dompter cette nature qui t'environne, tu as voulu être grand auprès de cette grandeur, tu as cru être immortel auprès de la vie, et tu n'as que la faiblesse et le néant
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retentit dans les cavernes. SATAN. SMARH. SATAN. SMARH. SATAN.
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SMARH. 49 II en est ainsi quand le soleil n'éclaire plus et que les ténèbres enveloppent la terre. Et terrible, n'est-ce pas? Ne sens-tu rien dans ton cœur qui fléchisse et qui te crie que tu es faible, humble et petit devant tout cela? Oui, la nature fait peur; ici tout n'est donc que crainte
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pas seulement jaillir un peu d'eau. Smarh vent courir, il trébuche, il tombe sur les pierres; Satan le traîne pour le relever. Les vautours battent des ailes contre tes rochers et ne peuvent monter plus haut. De grosses vagues noires se gonflent en silence et s'abaissent, la mer semble lassée. SMARH
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SMARH. 51 SATAN. Allons donc, image de Dieu, sois aussi grand que la pierre qui résiste. SMARH. Tout me manque. Si cette mer allait avancer encore si ces rochers allaient marcher vers le rivage La mer va m'entraîner! Quels horribles cris Les herbes marines, dénouées, flottent sur la mousse des Sots
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ŒUVRES DE JEUNESSE. J* SATAN. Pourquoi la vie elle-même? pourquoi la tempête? si ce n'est pour faire et pour briser l'une et l'autre. SMARH. Et cela est depuis des siècles, et la terre n'est pas usée! SATAN. Non, mais chaque pied qui a marché sur elle a creusé son pas ineffaçable; celui du mal
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SMARH. 53 II y avait donc du repos alors. Est-ce que le chaos était bon? C'était l'autre éternité, une éternité qui dort et sans rien qu'elle broie. Et pas un cri sur tant de surface? pas une torture dans toutes ces entrailles? Non, la terre et la mer étaient de plomb et semblaient mêlées l'une à
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comme l'herbe, et qu'une grande plaine verte, avec des débris de tombeaux et de trônes, s'étendit de tous c6tés, les vagues vinrent abattre, la tempête se fit, et l'immense joie de la mort s'étendit sur cette solitude. SMARH. Et cela, hélas! ne dura pas toujours; la création n'est donc faite
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SMARH. 55 y Cet océan dont tu parles est donc aussi fort que celui-ci? Plus vaste encore, et ses tempêtes font plus de ravages. Et où donc chercher un refuge si tout n'est que néant, corruption, abîme sans fond? N'est-ce pas dans la joie, dans le bruit, dans l'ambition, dans les passions
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SMARH. 57 l'histoire avec ses haillons fougueux et sa figure triste, et le temps, vieux faucheur glouton, aux talons de fer et à la dent éternelle, tout cela, pour nous, tourne, remue, marche, s'agite et meurt; nous voyons la farce commenctr, les chandelles brùler et s'éteindre, et tout rentrer
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SMARH. 59 Et puis sentir dans mon ventre s'agiter quelque chose, et j'avais un espoir infini d'être heureuse, je rêvais, je ne sais à quoi. Et puis deux enfants sont venus, j'aimais à les porter à ma mamelle, et quand je les regardais dormir, couchés dans notre hamac de roseau, je pleurais
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SMARH. 61 Mais pourquoi n'y aurait-il d'autres amours dans l'amour même? Et puis les bois, les lacs, les montagnes, les torrents, toutes ces voix qui me parlaient et me formaient une si vaste harmonie, me semblent maintenant déserts, vides. J'étouffe sous les nuages, mon cœur est étroit
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SMARH. 63 Oh! tu ne sais pas des joies, des voluptés, des raffinements de plaisir Ton âme sera élargie et sera doublée, des mondes y entreront et tourneront en toi. Entends-tu la danse des femmes nues qui sourient, qui t'appellent? Oh! si tu savais comme elles sont belles, comme leurs corps
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SMARH. 6 s'allongeait toujours, le désert s'étendait comme l'infini, le bonheur fuyait devant eux comme une ombre. En vain ils regardaient souvent derrière, mais ils ne voyaient que la poussière remuée par les ouragans, et ils arrivèrent ainsi dans une satiété pleine d'amertume, dans une agonie
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ou semblaient dormir aussi. II y avait quelque chose de sombre et d'amer jusque dans le sommeil de la ville. Yuk marchait devant eux, il guidait Smarh dans ce dédale impur, et, chemin faisant, il tirait de sa poche une certaine poudre, il la lançait en l'air; on la voyait s'allonger en spirale, puis tomber
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SMARH. 67 flottaient, par une nuit obscure sur un océan sans bornes, soulevés par une tempête éternelle, empires, peuples, mondes, âmes et corps, squelettes et cadavres vivants, ossements et chair, mensonge et vérité, grandeur et crapule, boue et or; tout était là, oscillant dans la vague mobile
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SMARH. 69 toutes les fleurs, tous les parfums, toutes les voluptés. toutes les amours. II y nageait, il s'y plongeait, il en prenait tant que son cœur pouvait en contenir, il les jetait et en prenait d'autres. II aimait la femme aux mots d'amour, et la bouche aux dents fraîches, et les épaules
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SMARH. 7* LA JEUNE FILLE. Monsieur LE JEUNE HOMME. Chère amie, je vous aime (ici an baiser), je vous aime de tout mon cœur; si vous saviez. La jeune fille lève un regard, le jeune homme pousse un soupir, la maman les regarde avec complaisance. La conversation continue, on parle des projets
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SMARH. 73 commence par lui dire que Lamartine est incompréhensible, que les rêveurs sont des fous, qu'il n'y a de vrai que l'argent et la géométrie. Elle avait dans le cœur toute une couronne de fleurs parfumées, Heurs de poésie, fleurs d'amour, elle avait, plein son âme, une joie sereine, pure
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SMARH. 75 une vertu, dans chaque tas de boue pour y découvrir de l'or; ils regardaient dans toutes les maisons, il en sortait des cris de deuil, des chants de joie, là c'était une bière, ici un tonneau défoncé. Le jour vint et la ville commença à s'éveiller; les hommes allaient par les rues
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SMARH. 77 boue; il y en avait pourtant qui sont heureux, qui font de larges repas, et quand je me demande pourquoi cela, 2 y a là un abîme que je ne peux combler. YUK, riant. Ah! ah! ah! t LE PAUVRE. Ne ris pas, par Dieu! mais écoute donc. Personne ne m'a aimé, ni homme, ni femme, ni chien, car
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SMARH. 79 viendrait ennuyeuse et bête comme une vieille femme. Mourir? mais où en seraient les ménages qui sont garants de la foi conjugale? Ah! je me fâche à cette horrible idée d'anarchie sociale, la morale publique; la morale publique, les mœurs, les institutions philanthropiques, les vertus
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SMARH. Si manteaux de granit, étendus la bouche béante; ils semblent dormir comme des morts. Au bas de l'église circule une pluie ruisselante, froide et grasse, une pluie verte qui suinte des murs; le sol usé est bourré de cadavres, la terre résonne, les morts sont tassés, et la génération vivante
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SMARH. 83 jettent par terre; il faudra remporter toutes nos fleurs, toutes nos couleurs aux pieds du bon Dieu. LES DALLES. On nous a usées, nous sommes trouées en maints endroits, nous sommes lasses d'être foulées par des pieds impurs, les morts qui sont sous nous semblent nous repousser de dessus
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SMARH. 8j Et vous, mes dalles, comme vous êtes vieilles, on pavera les rues avec vos faces plates et carrées; et le pied de la courtisane, le pas du mulet, les roues des chars vous useront si bien que vous ne serez plus que de la poussière qu'enlèveront les vents. Et toi, ma grosse cloche
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ŒUVRES DE JEUNESSE. 86 Et il se mettait à rire aussi. Je suis las de tout; il faut donc mourir. Quels sont ces esprits qui m'ont conduit où j'ai été ? Satan se présente à lui et lui dit C'est moi, c'est moi, je suis le Diable! Smarh fut tout épouvanté et faillit mourir. SATAN. D'où te vient
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87 SMARH. Mais ne suis-je pas déjà assez ployé comme un roseau ? Tu veux donc que l'orage aille toujours jusqu'à ce qu'il m'ait brisé tout à fait? Oui! pour te laisser sur quelque grève déserte, où le désespoir, comme un vautour, viendra manger ton âme. J'irai donc ainsi de dégoûts en dégoûts, repu
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; je te ferai descendre jusqu'au fond du gouffre de ta pensée, j'accomplirai ton désir. SMARH. Que sais-je? car j'ai mille passions sans but, mille instincts confus; j'ai comme, dans mon âme, les débris de vingt mondes, et je ne sens pas un souffie qui puisse ranimer toutes ces fleurs flétries de croyance
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SMÀRH. »? Oh! si quelque rosée du ciel, toute humide et toute fumeuse de parfums, venait baigner mon cœur et l'endormir Si le vent frais des nuits d'été pouvait ranimer mes yeux usés et fatigués de veilles et de fatigues! SATAN. Viens, viens, mon maître, ta course n'est pas finie; tu te plaindras
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SMARH. 9l L'église était vieille, toute ridée, toute grise; on voyait, à travers ses vitraux, quelques lampes s'allumer et s'éteindre; des paysans jouaient et couraient devant le porche. Smarh et Satan s'étaient assis au pied de l'if dont les rameaux allaient tout alentour, comme une large rose
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ŒUVRES DE JEUNESSE. 92 de cadavres, qu'allaient déterrer les coursiers ailés, et ils les mâchaient lentement. Puis tout disparut, les ténèbres reparurent et l'on n'entendit qu'une pluie éternelle d'un sang bouillant et plein d'écume, qui brûlait la terre en tombant. Smarh tout à coup vit Yuk
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SMARH. 93 intime et transparente, au dedans de laquelle il voyait se mouvoir confusément des pensées riantes, des images tendres, vagues, indécises. II resta longtemps plongé dans la béatitude de l'extase et se laissant enivrer par tout cela, laissant son âme humer par tous ses pores l'harmonie
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remuer comme si elles eussent chanté. Car elles chantaient, mais si bas, si confusément que Smarh n'entendait que des sons doux et faibles, comme ceux d'une flûte au dernier soupir d'une vibration mourante. Elles allaient dans le fleuve, et en ressortaient avec leurs beaux corps tout humides
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SMARH. 95 tesque; il y avait un démon en lui, qui le poussait en avant, lui disait cent choses infinies et lui chantait des chants sans mots, sans phrases, sans idées, mais quelque chose d'ardent, de dévorant, de large et de plein de colère, de frénésie, de plus rapide que la. poudre, plus brûlant
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SMARH. 97 Un jour que j'aurai de l'imagination, que j'aurai été penser à Néron sur les ruines de Rome, ou aux bayadères sur les bords du Gange, j'intercalerai la plus belle page qu'on ait faite; mais je vous avertis d'avance qu'elle sera superbe, monstrueuse, épouvantablement impudique
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SMARH. 99 là sur le flanc, ivre mort, le dégoût plein le cœur, le corps fatigué, l'œil morne et béant; la volupté le lasse, elle Ta remué, chatouillé, irrité, puis elle l'a pris, l'a brisé comme un roseau, et l'a jeté ensuife dans la satiété et l'ennui, l'ennui brut et mort comme une chape de plomb
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SMARH. l O t cela! il y a un océan que tu n'as pas traversé, un empire de plus! Est-ce assez? marche donc! » Il se sent poussé lui-même avec le vent qui remue ses drapeaux, il désire que le monde soit plus grand pour que sa conquête soit plus grande, il voudrait courir avec le canon pour porter
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SMARH. 103 pleins de la poussière des empires, et la frange de mon manteau toute mouillée par les larmes des générations. II secoua son linceul et il en tomba de la poussière rougie. C'est l'histoire, ajouta le spectre; ose dire qu'il y a immortalité sinon pour moi ? YUK, Pour moi. Qui donc es
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SMARH. 105 temps, quelque chose qui le mène, qui le pousse, le remplit et qui le soûle? n'as-tu pas vu une autre éternité dans l'éternité ? Tu crois que tout est fini quand tu as passé? tu te crois l'infini, et que tu donnes des bornes où ton pied se met? partout où ta charrue laboure, tu crois y
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ICÔ ŒUVRES DE JEUNESSE. les miettes qui tombent de ma bouche et la poussière que font mes pieds. Alors tout le passé de sa vie apparut à Smarh, rapidement, d'un seul jet, comme dans un éclair. Il revit passer d'abord sa chaumière d'ermite, avec son crucifix de bois, avec sa vie sainte, avec
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SMARH. 107 corps, le déchirant, le faisant tourner, courir; elle le harcèle, le poursuit sans qu'il puisse l'éviter. Cela dura jusqu'à ce qu'il fût tombé, étourdi, épuisé de fatigue. Cette agonie-là dura longtemps, et plus longue et plus cruelle que celle du Christ, car elle était sans espoir, sans
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SMARH. 109 la brise qui s'élève, roulait et courait sur le rivage. La nuit, c'étaient les étoiles, la lune, les rayons argentés sur les vagues vertes. Et toujours ainsi il vécut ses plus belles années, il grandit sans faire autre chose que de mener une vie contemplative, une vie de pleurs
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SMARH. lit I qu'il roulait sur l'herbe, c'est dans son bouclier qu'il dormait; c'est dans ce vieux Iit-Ià qu'il naquit. De la fenêtre on ne voit point la mer, elle est là, derrière cette colline; mais on entend le bruit des flots et, dans l'hiver, elle déborde à droite dans le marais. II
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SMARH. "3 1 idées qui passaient dans son âme, épiant chaque chose de son cœur pour l'attirer au dehors, pour la déshabiller, pour la donner toute nue à la foule. Son âme tournait en lui comme un gouffre vivant, il voulait l'arrêter, mais ce gouffre-là T'entraînait luimême; il commençait à se sentir
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SMARH. 1 1 s l'infini, en dehors, dans mon âme, tout me ment, tout me trompe, tout fuit et tout se met à rire, et voilà que je suis resté dans un océan de fange où je tournoie, où je m'engloutis. Je ferais mieux de rire de tout cela, et d'aller me soûler à la taverne ou bien de courir chez la fille
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tiède qu'on appelle désespoir. Alors Smarh s'éloigna, il sortit de la ville à l'heure où tout brille et crie, c'était le soir, la brume l'emplissait, il faisait froid, il marchait pieds nus dans la boue, tandis que derrière lui, à ses côtés, la matière resplendissait dans sa force, qu'elle agissait
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SMARH. 117 ses sectateurs. Aussi le poète sortit, chassé, méprisé, honni; on ne voulait pas de lui, on le renvoya. II partit donc, mais derrière lui tout s'écroula et il y eut un grand rire. II arriva dans les champs. Seul dans la campagne, au milieu des ténèbres, il se prit à pleurer; un désespoir
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d'autres mondes, plus haut. Pourquoi donc Smarh lève-t-il la tête? Voilà une femme à ses côtés. Non, c'est un ange, elle lui a essuyé ses larmes, avec le bout de ses ailes blanches; elle l'a relevé, l'a porté sur son cœur, elle pleure aussi, elle a les pieds en sang, elle lui dit «O mon bienaimé, viens à
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SMARH. 119 II allait étendre les bras vers elle, il allait la saisir, déjà leurs regards s'étaient confondus, leurs larmes s'étaient séchées, il y avait eu un immense espoir dans la création. Le monde s'était retourné sur son vieux lit de douleurs, il avait entr'ouvert son oeil morne pour voir