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LES ARTS

ET LE COMMERCE'

La futilité des arts et l'utilité du commerce sont
devenus mots banals dans le monde. Bien des gens
n'estiment, en effet, une étoffe qu'à la longueur, une
chose qu'à son poids et une couleur qu'à son éclat, et
font plus de cas en eux-mêmes d'une balle de coton
que de toutes les tragédies possibles; ils diraient bien
comme Malebranche en voyant Atbalie «Qu'est-ce que
cela prouve? »

Ceux-là ne voient, en effet, dans l'art qu'un passe-
temps après dlner, une récréation qui égaie, un jeu
qui délasse, et considèrent les spectacles comme la
meilleure invention de la police pour pincer les masses
en lieu sûr; ces gens-là, sans doute, regardent la mar-
chandise, la denrée, le bois, le cuivre comme les pre-
mières choses d'ici-bas, .et quant à la pensée pure,
libre, indépendante, quant au génie créateur et gran-
diose, quant à la poésie, à la morale, aux beaux-
arts, chimères! fantaisies! futilité! diront-ils. Honneur,
selon eux, à la machine qui crie, au rouleau qui
tourne, à la vapeur qui remue! honneur à l'indigo, au
savon, au sucre, au navire qui transporte tout cela,
à celui qui l'exploite et calcule, s'enrichit, à celui qui
achète et qui vend! Mais Homère, mais Virgile, mais
{l) Janvier 1839.

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