DE LA SARDAlUXE 61 leur a donné, n'a rien de populaire. Ni les uns ni les autres ne sont éclos sur les lèvres d'un chasseur ou d'un soldat, à l'ombre des orangers ou des chênes. Ils ne sont pas nés dans les solitudes où les pâtres pro- mènent leurs rêveries. Ils ont été composés dans le cabinet ou dans la cellule, par des lettrés ou des moines qu'un sentiment patriotique a portés à écrire dans leur dialecte maternel. Les plus anciens datent de la fin du seizième siècle, et ils n'ont la naïveté de sentiments ni des âmes, ni des époques incultes. Ils n'ont pas été adoptés par le peuple. Ce ne sont pas plus des chants populaires que les chœurs d'Athalie. Je les range dans la même classe que la Vie et le Martyre de saint ~4~<ïo- claus ld Vie de saint 2~AMC; Vie, le Martyre et la mort des glorieux martyrs Gavinu, jS~o~M et Gianuari, poëmes plus précieux pour la langue que pour la litté- rature. Ils n'ont rien de plus spontané ni de plus naïf que cette Bible en vers du chanoine Dore, heureuse- ment inédite, dont les jeunes bergères de l'île auraient peut-être fait leurs délices, comme Madame de Main- tenon encore enfant savourait, en gardant les dindons de sa tante, les quatrains de M. de Pibrac. Parmi les poésies religieuses qui sont vraiment po- pulaires en Sardaigne, il y en a quelques-unes de remarquables. L'histoire de Joseph, qui circule manus- crite dans toute l'île, et que les mères enseignent comme une leçon pieuse à leurs filles, est pleine dans sa simplicité d'une émotion poignante. La douleur de Jacob, les remords de ses fils sont peints avec une pa-