CHANT.S POPULAIRES 68 amour dé folle impétuosité. Où l'homme du Nord se replie, lui s'épanche. Il regarde en souriant un ciel qui lui sourit. S'il sent son cœur bondir, il ne s'effraie pas, il ne tente point de dompter en lui la nature, il suit le penchant qui l'appelle, et il associe la Madone et les saints au succès de ses amours. La brise est si tiède, le printemps si parfumé, la terre si féconde, les belles filles ont tant d'éclairs dans leurs yeux noirs Pourquoi ne pas s'abandonner au plaisir de vivre, et, quand la réalité est si douce, se consumer en rêveries? Ce qu'on possède, à quoi bon l'imaginer? Si des obstacles traver- sent sa passion, le Sarde les attaque de front, au risque de s'y briser. Il ne se morfond point dans une inactive douleur et ne se livre pas à de vains gémis- sements. Comme un taureau blessé, il se précipite sur ses rivaux, impitoyable et furieux. Plus violent que tendre, mais d'une violence qui n'exclut pas la délica- tesse, son âme est trop sérieuse pour se jouer en ces caprices fugitifs qu'un regard allume, qu'un autre re- gard éteint, et dont l'esprit gaulois fait ses délices. La Sardaigre n'est pas le pays des plaisirs faciles, d'autant plus doux qu'ils sont défendus. Elle est le pays des graves et solides amours, qui s'épuisent parfois par l'excès même de leur ardeur, mais qui se réduisent rarement à n'être que l'échange passager de deux fan- taisies.