DELASAKDAIGX!: 57 son génie et satisfait ses aspirations. C'est bien plutôt Raphaël ou Vinci ou Titien, lorsque, sous le rayon divin dont ils les éclairent, ils lui font retrouver dans la Vierge la femme, et dans le Christ l'enfant. Le Dieu qu'elle chante, comme celui qu'elle peint, n'est pas le Dieu de l'inflexible justice, mais celui de l'infinie misé- ricorde. Il ne vit pas loin des hommes dans un inacces- sible isolement. Il se communique à la terre par ses saints, ses martyrs et ses vierges, légion sacrée qui porte sur elle comme un reflet de la divinité. Ce chris- tianisme plutôt gracieux que grave, plutôt dévot que pur, s'épaissit encore (1), on le comprend, en descen- dant des sphères élevées et en traversant les imagina- tions populaires, et les chants qu'il inspire à la Sar- daigne, pleins d'une sereine connanee, ne se font remarquer ni par la profondeur du sentiment ni par l'originalité du caractère. Ils roulent presque toujours dans le même cercle d'idées et ils échappent difficile- ment à la monotonie. L'amour, qui est une source d'inspirations plus variées, parce que c'est un sentiment plus personnel, est en Sardaigne, sauf quelques nuances, ce qu'il est dans tous les pays méridionaux, une passion ardente et grave, un plaisir où la part de l'âme est toujours grande. Le Sarde ne s'éprend pas inutilement d'un vague idéal, comme ces nations frileuses~qui rêvent du soleil devant un ciel triste et froid. Son soleil est plein d'éclat et son (1) L'expression est de Madame de Sévigné.