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son génie et satisfait ses aspirations. C'est bien plutôt
Raphaël ou Vinci ou Titien, lorsque, sous le rayon
divin dont ils les éclairent, ils lui font retrouver dans
la Vierge la femme, et dans le Christ l'enfant. Le Dieu
qu'elle chante, comme celui qu'elle peint, n'est pas le
Dieu de l'inflexible justice, mais celui de l'infinie misé-
ricorde. Il ne vit pas loin des hommes dans un inacces-
sible isolement. Il se communique à la terre par ses
saints, ses martyrs et ses vierges, légion sacrée qui
porte sur elle comme un reflet de la divinité. Ce chris-
tianisme plutôt gracieux que grave, plutôt dévot que
pur, s'épaissit encore (1), on le comprend, en descen-
dant des sphères élevées et en traversant les imagina-
tions populaires, et les chants qu'il inspire à la Sar-
daigne, pleins d'une sereine connanee, ne se font
remarquer ni par la profondeur du sentiment ni par
l'originalité du caractère. Ils roulent presque toujours
dans le même cercle d'idées et ils échappent difficile-
ment à la monotonie.
L'amour, qui est une source d'inspirations plus
variées, parce que c'est un sentiment plus personnel,
est en Sardaigne, sauf quelques nuances, ce qu'il est
dans tous les pays méridionaux, une passion ardente et
grave, un plaisir où la part de l'âme est toujours grande.
Le Sarde ne s'éprend pas inutilement d'un vague idéal,
comme ces nations frileuses~qui rêvent du soleil devant
un ciel triste et froid. Son soleil est plein d'éclat et son
(1) L'expression est de Madame de Sévigné.