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dans l'orbite d'une autre nation. A peine eut-elle con-
quis son indépendance qu'elle fut de nouveau en proie
aux invasions et disputée par les conquérants, tour à
tour ou tout ensemble pisane, génoise, aragonaise, es-
pagnole, autrichienne, piémontaise~elle ne fut jamais
sarde. Ne s'appartenant pas, elle n'a pas eu de littéra-
ture qui lui appartînt. Il en est de certains peuples
comme de ces oiseaux qui sont trop fiers pour chanter
en cage. L'énergie même que la Sardaignemit à défen-
dre son individualité sous les dominations étrangères,
ne permit pas qu'à défaut d'une littérature nationale,
une autre littérature s'y développât, et les littératures
espagnole et italienne tour à tour greffées sur ce sau-
vageon rebelle, ne portèrent que des fruits médiocres.
En dehors des diplômes manuscrits et de quelques
chansons inédites, on ne compte pas plus d'une tren-
taine d'ouvrages en langue sarde. Ce n'est qu'au com-
mencement de ce siècle que Porru a fait une gram-
maire et un dictionnaire du dialecte méridional, et il
n'y a pas quinze ans que M. Spano nous a donné la
grammaire et le dictionnaire du dialecte central (1).
Et si le passé est si pauvre, que sera-ce de l'avenir?
Maintenant que la facilité des communications, la
fusion des intérêts et des États autrefois séparés rap-
prochent plus étroitement la Sardaigne de l'Italie, ne
faut-il pas s'attendre à ce que, devant l'expansion cha-
(1) Dans son dictionnaire, M. Spano, tout en s'attachant spécialement
:m dialecte du Logudoro, donne souvent les formes et les mots des autres
dialectes.
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