49 t'J:CTHSA!{Dt: dans l'orbite d'une autre nation. A peine eut-elle con- quis son indépendance qu'elle fut de nouveau en proie aux invasions et disputée par les conquérants, tour à tour ou tout ensemble pisane, génoise, aragonaise, es- pagnole, autrichienne, piémontaise~elle ne fut jamais sarde. Ne s'appartenant pas, elle n'a pas eu de littéra- ture qui lui appartînt. Il en est de certains peuples comme de ces oiseaux qui sont trop fiers pour chanter en cage. L'énergie même que la Sardaignemit à défen- dre son individualité sous les dominations étrangères, ne permit pas qu'à défaut d'une littérature nationale, une autre littérature s'y développât, et les littératures espagnole et italienne tour à tour greffées sur ce sau- vageon rebelle, ne portèrent que des fruits médiocres. En dehors des diplômes manuscrits et de quelques chansons inédites, on ne compte pas plus d'une tren- taine d'ouvrages en langue sarde. Ce n'est qu'au com- mencement de ce siècle que Porru a fait une gram- maire et un dictionnaire du dialecte méridional, et il n'y a pas quinze ans que M. Spano nous a donné la grammaire et le dictionnaire du dialecte central (1). Et si le passé est si pauvre, que sera-ce de l'avenir? Maintenant que la facilité des communications, la fusion des intérêts et des États autrefois séparés rap- prochent plus étroitement la Sardaigne de l'Italie, ne faut-il pas s'attendre à ce que, devant l'expansion cha- (1) Dans son dictionnaire, M. Spano, tout en s'attachant spécialement :m dialecte du Logudoro, donne souvent les formes et les mots des autres dialectes.