DIALECTE SARDE
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Comme il a conservé quelques consonnes finales, qu'il
substitue souvent au son de l'O, le son plus sourd
de l'U ( et qu'il a gardé quelques aspirations assez
rudes, il ne saurait, bien qu'il recherche en mainte
occasion le concours des voyelles, égaler l'harmonieuse
douceur de la langue de Pétrarque. Mais s'il ne se
prête pas à des modulations aussi variées, aussi déli-
cates, s'il n'a pas pour l'oreille le même éclat sonore,
s'il est plus uniforme et moins gracieux, il a en re-
vanche quelque chose de plus austère, de plus grave et
de plus fort; et dans la chaire, lorsqu'il est prononcé
par une bouche qui ne précipite pas ses paroles, défaut
trop ordinaire aux Sardes, on découvre en lui une
ampleur, une énergie, une majesté qui semble le pré-
destiner àl'expression des grandes choses. Il lui manque
la précision qui ne s'acquiert que par une longue
culture. Mais il est riche en images qui n'attendent,
comme des diamants bruts, que la main de l'artiste; il
est brillant comme le soleil de la Sardaigne, et il garde
comme un vague parfum de la. vie pastorale dans les
landes fleuries.
Toutefois la richesse, la force, l'antiquité d'un dia-
lecte ne suffisent pas à le tirer de son obscurité. Tant
qu'un peuple, tant qu'un homme ne s'est pas révélé par
quelque action d'éclat, tant qu'il n'a pas produit au
dehors les dons què le ciel lui a donnés en partage, on
l'ignore. Il en est de même d'une langue. Les grands
écrivains la consacrent et l'illustrent en même temps
qu'Us la font. Ils l'universalisent par leur génie et la