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que le dialecte sarde s'est formé spontanément, isolé-
ment, en dehors de toute impulsion étrangère.
Mais si le dialecte sarde qui apparaît le premier dans
l'histoire s'est constitué ainsi en vertu de sa propre
force, ne doit-on pas en conclure qu'il en a été de même
des autres langues romanes. Si, dès qu'il apparaît, il a
tous les caractères qui distinguent les langues romanes
du latin et s'il n'a pu emprunter ces caractères aux
idiomes germaniques, n'est-il pas évident que les au-
tres langues romanes ont dit se comporter de même,
posséder en elles la même force créatrice, et que, salis
les invasions, tout en restant plus voisines du latin,
elles auraient passé par les mêmes phases générales et
auraient suivi les mêmes lois de formation. Les inva-
sions ont eu pour effet de précipiter la chute du latin,
et de laisser ainsi un plus libre jeu à la force organi-
que qui devait en tirer les idiomes romans. Elles ont
créé un milieu favorable à l'éclosion de ces idiomes,
mais elles n'ont pas concouru directement à leur géné-
ration.
Du reste, si l'influence germanique a été secondaire,
elle n'a pas été nulle et je ne prétends pas la nier. Je
crois même qu'elle a commencé, bien avant les grandes
invasions, à s'exercer plus ou moins sourdement sur
toutes les langues romanes. Plusieurs siècles, en effet,
avant la chute de l'Empire, l'Italie et les provinces
avaient reçu un grand nombre de Germains à titre d'es-
claves, de colons et de soldats. Mêlés au peuple, ces
barbares en apprirent la langue mais ils l'apprirent