DIALECTE SARDE 7 mourir. Les règles qui le gouvernaient, de plus en plus mises en oubli, les mots qui le composaient détournés de leur sens habituel et parfois brutalement remplacés par des mots étrangers, rien ne le soutenait plus, et un jour vint où il cessa d'être parlé. Mais ce jour-là, d'au- 'tres langues naquirent et sous le vieil arbre desséché qui tombait, déjeunes rejetons apparurent Ce qui se passa alors pour le Pouvoir, eut lieu pour tout le reste, et de même que chaque province, chaque ville se donnait un gouvernement, elle se donna aussi une langue. Chaque localité eut, à proprement parler, son dialecte. Mais comme les circonstances politiques, l'état social et intellectuel étaient au fond partout ana- logues sans être semblables, tous ces dialectes, sous les nuances qui les caractérisaient, gardèrent un fond commun et on les vit se grouper suivant leurs analogies en trois grandes familles correspondant aux trois grandes nationalités qui allaient naître en Europe des provinces de l'Empire romain l'Italie, l'Espagne, la France. Dans aucune de ces familles, aucun d'eux n'eut d'abord de prépondérance, mais à mesure que les con- ditions et l'importance politique d'une localité changè- rent, la condition du dialecte/qui y était parlé, changea aussi par rapport aux dialectes voisins. La langue d'oc s'effaça devant la langue d'o'il qui devint le français; et le toscan, grâce au rayonnement intellectuel qu'exerçait déjà la Toscane au treizième siècle et au bonheur qu'il eut d'être illustré avant les autres dia- lectes italiens par deux écrivains de génie, fut adopté