–64– « Me voilà donc forcé de répéter, une fois de plus, quelle est ma méthode de travail. Et j'élargis la question. Il ne s'agit donc pas de moi, mais du romancier en général, qui, comme moi, a l'ambition de tout'voir, de tout dire. Le vaste monde est ou- vert, il n'est pas de sujet qu'il ne puisse aborder, et il devra dès lors s'occuper d'histoire, de philosophie, de sciences il tou- chera à tous les métiers, il examinera toutes les professions. C'est dire que, selon l'idée que je me fais du roman moderne, le romancier est tenu d'avoir des connaissances universelles. » Pour mon compte, ma méthode n'a jamais varié depuis le premier roman que j'ai écrit. J'admets trois sources d'informa- tion.: les livres, qui me donnent le passé; les témoins, qui me fournissent, soit par des œuvres écrites, soit par la conversa- tion, des documents sur ce qu'ils ont vu ou sur ce qu'ils savent, et ennn l'observation personnelle, directe, ce qu'on va voir, entendre ou sentir sur place. A chaque nouveau roman, je m'entoure de toute une bibliothèque sur la matière traitée, je fais causer toutes les personnes compétentes que je puis appro- cher, je voyage, je vais voir les horizons, les gens et les mœurs. S'il existe une quatrième source d'information, qu'on me la dé- signe et vite je courrai m'y abreuver ». C'est avec persistance que M. Zola place en troisième lieu l'observaion directe. II la croit insuffisamment étendue en pré- sence du champ énorme qu'il escompte embrasser. Il juge au contraire la documentation indirecte, en ses allures de « con- naissance universelle », plus susceptible de satisfaire sa con- ception gigantesque du roman. Nous avons donc cru rester dans la note, en cherchant.dans ses œuvres un exemple analysable de cette troisième méthode. Nous nous sommes arrêté au cas d'éthylisme chronique qui se déroule à travers l'~i~omtHOt~ justifié en ce choix par l'indication précise de l'auteur même. « La mort de Coupeau, dans un accès de tremens, est
la reproduction textuelle d'une observation de chef de clinique
faite à Sainte-Anne (1). On la retrouverait dans une leçon du
(t) Emile Zott, Nouvelle cam~o~ne, même édit., p. 251.