–61– « Comment j'ai documenté médicalement Flambo'che, cela n'a pas été aussi simple que vous pourriez le croire, répondit-il au D' Cabanès (1). Il y a longtemps déjà que je portais le sujet dans ma tête il y a longtemps que je voulais décrire un cas de lèpre, avec tous les phénomènes qui accompagnent cette triste maladie dont on ne voit plus, en Europe du moins, que de rares échantillons. » Je dois tout d'abord vous dire que j'ai trouvé la plupart dès renseignements techniques qui m'étaient nécessaires dans les papiers que ma laissés mon père. Mon père, en sa qualité de médecin militaire, avait eu l'occasion d'observer des lépreux, en Algérie notamment, et il avait consigné ses observations dans des cahiers où je les ai retrouvées. » II tenait registre avec grand soin de toutes ses impressions c'est ainsi qu'il avait pris note des diven symptômes qu'il avait observés sur des lépreux de la province de Constantine. Ces malheureux, abandonnés des médecins et môme de leur entou- rage le plus immédiat, traités en somme comme les lépreux du moyen-âge, allaient se faire toucher par un marabout, sorte d'exorcisme qui chassait le venin maudit. D'autres plongeaient leur corps délabré, tombant en loques, dans une eau du pays qui jouissait, disait-on, de vertus merveilleuses. » Plus tard il m'a été donné de voir beaucoup d'affections de la peau a~ l'hôpital militaire de Besançon où mon père dirigeait un service. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que j'ai ren- contré un jour toute une colonie de lépreux, en France même, du côté de Sarrau, dans le Morbihan, et cela peu de temps avant d'écrire mon roman. J'étais heureux de cette occasion qui s'offrait de rafraîchir ma mémoire par une vision directe. Jusque dans ces dernières années, le petit pays dont je vous parle était, en grande partie, peuplé par de pauvres hères au teint blafard, à l'aspect souffreteux, au corps émacié, au visage d'une pâleur un instant la veHéite d'aborder la carrière médicale ». Chronique médicale, 15 janvier 1896,p.36. (t)J&p.36a4t.