–54– mais il n'en a pas fait un usage continu. H ne vint que rare- ment et en simple observateur aux séances de l'hôtel Pimodan, où notre cercle se réunissait pour prendre le « Dawamesk M, séances que nous avons décrites autrefois dans la 7?ct?M des DcM.x-3~o~ sous ce titre « le Club des Haschischins » en y
mêlant le récit de nos propres hallucinations ». Le détermi-
nisme rigoureux des visions du Haschisch ne pouvait, en effet,
sourire à cet amoureux de la volonté libre, de la. volonté seule
maîtresse, pour lui, de l'inspiration. M. Catulle Mondes fut plus
indulgent; il a conservé de ses expériences d'antan d'ingénieux
souvenirs, comme celui qu'il a bien voulu lui-même nous
détai!Ier et qui indique très nettement le désir d'analyse pour-
suivant l'artiste alors que, de concert avec Villiers de l'Isle-
Adam, il s'essayait aux « Paradis artificiels une vision obsé-
dante, identique à elle-même, le hantait tous les soirs dans
une forêt dense et pourtant lumineuse, des arbres sans feuillage
dressaient d'un seul jet leurs troncs cylindriques luisant comme
de l'or, le long desquels montaient et descendaient, alternati-
vement, de grands singes couleur d'émeraude. La vision dispa-
rue, le poète chercha longtemps quel pouvait en être le point
de départ, cet élément de réalité nécessaire à toutes les pseudo
créations du haschisch. Il finit par le trouver, sous l'aspect le
plus mesquin d'un vulgaire chandelier de cuivre (la forêt aux
troncs d'or), le long duquel sa chandelle, en bavant, laissait des
tramées de vert-de-gris (les singes d'émeraude).
Pour l'opium, Baudelaire avait un guide plutôt que de per-
sonnels souvenirs Thomas de Quincey, helléniste distingué,
écrivain supérieur, homme d'une respectabilité complète (1),
qui osa jeter à la face pudibonde de l'Angleterre l'aveu de sa
passion pour la « Noire idole », « décrire cette passion, en
représenter les phases, les intermittences, les rechutes, les
combats, les enthousiasmes, les abattements, les extases et les
fantasmagories suivies d'inexprimables angoisses ') (2).
(t) Th. Gauttuer, préface des Fleurs du mal,
(2) Thomas de Quincey, Con/'tMtox o/'En~~A M~ef. Mangeur et non pas