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Mais cette transformation de la douleur en production artisti-
que n'est pas absolue la vibration douloureuse a changé de
rythme. Elle n'est pas étouffée elle subsiste encore en'partie
aTétât d'Idée-Force; et l'artiste qui, ayant pleuré, rap~etle'ses
larmes, ayant péché avoue sa faiblesse, est encore, à l'instant
même de son aveu, sanglottant et ému. Voici donc pourquoi~ s
l'observation du « soi-même est forcément vivante. C'est que
les documents passés se raniment à cette émotion résiduelle,
sous laquelle tremble encore la main qui les écrit.
Pourtant il ne suffit pas qu'une idée soit dolente pour être
belle. On peut souffrir toute une vie sans avoir fdt-ce une
minute fait œuvre d'artiste. Il est des douleurs mesquines,
les plus aiguës pour certains.
Et l'on pourrait, à ce point de vue, se bâtir une classification
des grandes diathèses physiques et mentales. D'un côté
« Ces maladies, dit Xavier Aubryet, qui, malheureusement
peut-être pour leurs victimes, avivent plutôt qu'elles n'étei-
gnent le foyer de la pensée, comme si le corps en se consu-
mant fournissait plus d'aliments à la flamme intellectuelle » (1).
Cette lucidité volontiers s'extériorise, devenant pour le paient
sujet délicat et favori de conversation. « Les Tartarins de la
douleur », lès appelait Daudet en y mettant au premier rang
les ataxiques au début, dont lui-même. Longtemps avant sa
mort, il avait d'ailleurs projeté de publier son authentique
observation, complétée de traits empruntés à ceux qu'il appelait
ses « sosies de douleur H. Heine et Aubryet.
Cette sorte de -testament littéraire devait s'appeler Mes Do:<-
lew's. « Je sais, disait-il, à ce sujet au D*~ Cabanes, je sais qu'on
me reproche de mettre, trop de complaisance à m'étudier, et ce
reproche, nos voisins les Anglais, qui sont si bien renseignés
t.
d'accablement moral et comme il versa peu de larmes personnelles pour M tout seul.
Mais ses sensations n'en furent pas moins véhémentes. Au lieu de se laisser surme-
ner, torturer par ces forces qui t'envahissaient, au lieu de s'y comptaire, it les resti-
tuait sous forme de travaH*l
(1) Xavier Aubryet, Philosophie mondaine.
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES-P-Z-2782