39 à votre esprit une puissance de déduction inconnue à ceux qui restent servilement dans le sillon creusé par leurs maîtres, moins par respect pour ceux qui ont ouvert les portes delà science que par paresse ou insuffisance ». L'emploi véridique de ce procédé, en littérature, suppose donc ` un certain degré de nescience de la part de l'auteur. Ce dernier peut même, en toute rigueur, ignorer pleinement avoir fait œuvre de pathologiste, avoir été peintre de morbidités. Cette ignorance' authentique etsplendide n'est à vrai dire plus possible en notre ` époque vulgarisatrice, surtout en ces dernières années de plus particulière attention médicale. Flaubert n'Ignorait .point les stigmates hystériques de Satambô. ni de Goncourt que la crise dramatique où la « Faustin », ayant quitté son lit, en chemise, « au milieu de sa chambre, dans un rayon de lune, déclamait la tirade d'Hermione », avait nom ~o~MaM&M~MC M~Hr/; ni M. Zola que Coupeau, de t'~oM~o~ succombait à. une classi- que attaque de ~e/MMt~'pmey~. Nous devons donc, pour trouver un sincère emploi de cette méthode, reculer à des temps moins avertis jusqu'à Shakes- peare, par exemple, le protagoniste parfait de ce procédé superbe. Certes, la c~e~c~ce ~p~e du roi Lear, la manie Ot~ë à /p~t/e d'Ophélie, la we/anco/t'e avec Aa/ de
la Mt/c de Lady Macbeth, ne pouvaient, en plein xv)' siècle, être
l'objet d'aucun diagnostic exact.
Leur peinture met donc en relief la puissance-/?i?r~onnc//e
d'observation du grand dramaturge; son cbeî-d'œuvre en la
matière est réalisé dans le « cas Hamlet x. Au point de vue
dramatique, le personnage d'Hamlet est. double, nettement et'
consciemment il y a le « fol par raison d'État' et de ven-
geance » (t); il y a, le mélancolique et dolent. Cette duplicité
persiste à l'examen médical. D'nne part /o~
d'autre part, a&oM/t~ pessimisme misanthropique.
En dramaturge, en homme de métier », Shakespeare ne
(t) D' Régis, pM'tont!< d'NoMfe< << son interprétation par W'" Sarah Ber-
n/tard<.Bordeaux,i899. · ·