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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

Publisher : Michel-Lévy frères (Paris)

Date of publication : 1857

Subject : Vénétie (Italie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : 1 vol. (VIII-344 p.) ; in-18

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k1061085

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31293770j

Description : Collection : Collection Michel-Lévy

Provenance : bnf.fr

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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

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56 LETTRES

cela me rangerait presque à l'avis de ceux qui pensent que
la musique n'a pas de caractère par elle-même, et se ploie
à exprimer toutes les situations et tous les sentiments pos-
sibles, selon le mouvement qu'il plait aux exécutants de lui
donner. C'est le champ le plus vaste et le plus libre qu>-
soit-ouvert à l'imagination, et, bien plus que le peintre, le
musicien crée pour les autres des effets opposés à ceux qu'il
a créés pour lui. La première fois que j'ai entendu la sym-
phonie pastorale de Beethoven, je n'étais pas averti du
sujet, et j'ai composé dans ma tête un poëme dans le goût de
Milton sur cëtte adorable harmonie. J'avais placé la chute
de l'ange rebelle et son dernier cri vers le ciel, précisément
à l'endroit le compositeur fait chanter la caille et le ros-
signol. Quand j'ai su que je m'étais trompé, j'ai recom-
mencé mon poëme à la seconde audition, et il s'est trouvé
dans le goût de Gessner, sans que mon esprit fît la moindre
résistance à l'impression que Beethoven avait en dessein de
lui donner.

L'absence de chevaux et de voitures et la sonorité des
canaux font de Venise la ville la plus propre à retentir
sans cesse de chansons et d'aubades. Il faudrait être bien
enthousiaste pour se persuader que les chœurs de gondo-
liers et de facchini sont meilleurs que ceux de l'Opéra de
Paris, comme je l'ai entendu dire à quelques personnes
d'un heureux caractère; mais il est bien certain qu'un de
ces chœurs, entendu de loin sous les arceaux des palais mo-
resques que blanchit la lune, fait plus de plaisir qu'une
meilleure musique exécutée sous les châssis d'une colon-
nade en toile peinte. Les grossiers dilettanti beuglent dans
le ton et dans la mesure; les froids échos de marbre pro-
longent sur les eaux ces harmonies graves et rudes comme
les vents de la mer. Cette magie des effets acoustiques
et le besoin d'entendre une harmonie quelconque dans le
silence de ces nuits enchantées font écouter avec indul-
gence, je dirais presque avec reconnaissance, la plus mo-

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

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