il LETTRES renoncer à la vie, et qui ne veut pas l'accepter comme elle est. Ils le punissent ainsi de l'ennui impertinent qu'il éprouve et qu'il avoue. Mais leur justice est dure. Ils ne savent pas ce qu'il a fallu de souffrances et de déboires pour amener à ce pointde préoccupation inconvenante un carac- tère tant soit peu orgueilleux et ferme. Je conseille à tous ceux qui se trouveront, soit par habi- tude, soit pàr accident, dans une semblable disposition, de faire des repas légers pour éviter l'irritation cérébrale de la digestien, et de se promener seuls au bord de l'eau, les mains dans les poches, ue cigare à la bouche, pendant un certain nombre d'heures, proportionné à la force et à la té- nacité de leur mauvaise humeur. Je rentrai à minuit, et je trouvai Pierre et Beppa qui chantaient dans la galerie; c'est Giulio qui a décoré l'anti- chambre de ce titre pompeux, en attachant aux murailles quatre paysages peints à l'huile, où le ciel est vert, l'eau rousse, les arbres bleus, et la terre couleur de rose. Le doc- teur prétend faire sa fortune en les vendant à quelque An- glais imbécile et Giulio prétend faire inscrire le nom de notre palais dans la nouvelle édition du Guide du voyageur à Venise. Pour s'inspirer, sans doute, de la vue des bois et des montagnes, le docteur a fait placer le petit piano qui lui sert à improviser, sous le plus enfumé de ces paysages. Les heures où le docteur improvise sont les plus béates de notre journée tous. Beppa s'assied au piano et exécute lente- ment avec une main un petit thème musical qui sert à l'im- provisateur pour suivre son rhythme lyrique, et ainsi éclo- sent, dans une matinée, des myriades de strophes pendant lesquelles je'm'endors profondément dans le hamac; Giulio roule à cheval sur la rampe du balcon, au grand risque de tomber dans quelque barque et de se réveiller à Chioggia ou à Palestrine. Beppa elle-même laisse ses grands cils noirs s'abaisser sur ses joues pâles et sa main continue l'action mécanique du doigter, tandis que son imagination fait quel^