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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

Publisher : Michel-Lévy frères (Paris)

Date of publication : 1857

Subject : Vénétie (Italie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : 1 vol. (VIII-344 p.) ; in-18

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k1061085

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31293770j

Description : Collection : Collection Michel-Lévy

Provenance : bnf.fr

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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

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D'UN VOYAGEUR. 39

pas chercher de douces pensées, et je n'espérais pas m'y
débarrasser de mon spleen. Mais le printemps! comme tu
dis, qui pourrait résister à la vertu du mois d'avril ? A Ve-
'nise, mon ami, c'est bien plus vrai. Les pierres même re-
verdissent les grands marécages infects, que fuyaient nos
gondoles, il y a deux mois, sont des prairies aquatiques cou-
vertes de cressons, d'algues, de jpnps, de glaïeuls, et de
mille sortes de mousses maripes d'où s'exhale un parfum
tout particulier, cher à ceux qui aiment la mer, et nichent
des milliers de goélands, de plongeons et de cannes petières.
De grands pétrels rasent incessamment ces prés flottants,
chaque jour le flux et le reflux font passer les flots de
l'Adriatique, et apportent des milliers d'insectes, de madré-
pores et de coquillages.

je trouvai, au lieu de ces allées glaciales que nous avions
fuies ensemble la veille de ton départ, et je n'avais pas
encore eu le courage de retourner, un sable tiède et des
tapis de pâquerettes, des bosquets de sumacs et de syco-
mores fraîchement éclos au vent de la Grèce. Le petit pro-
montoir planté à l'anglaise est si beau, si touffu, si riche de
fleurs, de parfums et d'aspects, que je me demandai si ce
n'était pas le rivage magique que mes rêves m'avaient
fait pressentir. Mais non, la terre promise est vierge de dou-
leurs, et cella-ci est déjà trempée de i»es larmes.

Le soleil était descendu derrière les monts Vicentins. De
grandes nuées violettes traversaient le ciel au-dessus de
Venise. La tour de Saint-Marc, les coupoles de Sainte-Marie,
est cette pépinière de flèches et de minarets qui s'élèvent de
tous les points de la ville se dessinaient en aiguilles poires
sur le ton étincelant de l'hprlzon. Le ciel arrivait, par une
admirable dégradation de nuances, du rouge cerise au bleu
de smalt et l'eau, calme et limpide comme une glace, re-
pevait exactement le reflet de cette immense irisation. Au-
dessous de la ville elle avait l'air d'un grand miroir de cuivre
rouge. jamais je n'avais vu Venise si belle et si féerique.

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

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