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SI LETTRES

Il

Jo t'ai raconté bien des fois un rêve que je fais souvent,
et qui m'a toujours laissé, après le réveil, une impression
de bonheur' et de mélancolie. Au commencement de ce
rêve, je me vois assis sur une rive déserte, et une barque,
pleine d'amis qui chantent des airs délicieux, vient à moi
sur le fleuve rapide. Ils m'appellent, ils me tendent les bras,
et je m'élancé avec eux dans la barque. Ils me disent
t Nous allons à. (ils nomment un pays inconnu), hâtons-
nous d'arriver. On laisse les instruments, on interrompt
les chants. Chacun prend la rame. Nous abordons. à quelle
rive enchantée? Il me serait impossible de la décrire; mais
je l'ai vue vingt fois, je la connais elle doit exister quelque
part sur la terre, ou dans quelqu'une de ces planètes dont tu
aimes à contempler la pàle lumière dans les bois, au (toucher
de la lune. Nous sautons à terre; nous nous élançons, en
courant et en chantant, à travers les buissons embaumés.
Mais alors tout disparaît et je m'éveille. J'ai recommencé
souvent ce beau rêve; et je n'ai jamais pu le mener plus
loin.

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que ces amis qui me con-
vient et qui m'entraînent, je ne les ai jamais vus dans
vie réelle. Quand jo m'éveille, mon imagination ne se les
représente plus. J'oublie leurs traits, leurs noms, leur
nombre et leur âge. Je sais confusément qu'ils sont tous
beaux et jennes; hommes et femmes sont couronnés de
fleurs, et leurs cheveux flottent sur leurs épaulès. La bar-
que est grande et elle est pleine. Ils ne sont pas divisés par
couples, ils 'vont pèle- mêle sans se choisir, et semblent
s'aimer tous également, mais d'un amour tout divin. Leurs
chants et leurs voix ne sont pas de ce monde. Chaque fois
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