Home Plain text
Text mode Audio mode
page 33 (screen 45 of 356)
Next page Previous page  
  Last page First page


D'UN VOYAGEUR. 33

cible, et je n'échangeai pas une parole avec lui durant tout
le chemin.

Je dormis deux heures à Trévise avec un peu de rhume
et de fièvre; à midi, je trouvai un voiturin qui partait
pour Mestre et qui me prit en dapin. Je trouvai la gondole
de Catullo à l'entrée du canal. Le docteur, assis sur la
poupe, échangeait des facéties vénitiennes avec cette perle
des gondoliers. Il y avait sur la figure de notre ami un
rayonnement inusité. Qu'est-ce donc? lui dis-je, avez-
vous fait un héritage? êtes-vous nommé médecin de votre
oncle?

Il prit une attitude mystérieuse et me fit signe de m'as-
seoir près de lui. Alors il tira de sa poche une lettre timbrée
de Genève. Je me détournai après l'avoir lue pour cacher
mes larmes. Mais quand je regardai le docteur, je le trouvai
occupé à lire la lettre à son tour. Ne vous gênez pas,
lui dis-je. II n'y fit nulle attention et continua; après
quoi il la porta à ses lèvres avec une vivacité passionnée
tout italienne, et me la rendit en disant pour toute excuse
Je l'ai lue.

Nous nous pressâmes la main en pleurant. Puis je lui
demandai s'il avait reçu de l'argent pour moi. Il me répon-
dit par un signe do tête afflrmatif. Et quand part votre
ami Zuzuf? Le quinze du mois prochain. Vous retien-
drez mon passage sur son navire pour Constantinople,
docteur. Oui? Oui. Et vous reviendrez? dit-il.
Oui, je reviendrai. Et lui aussi ? Et lui aussi, j'espère.
Dieu est grande dit le docteur en levant les yeux au
ciel d'un air à la fois ingénu et emphatique. Nous verrons,
ce soir, Zuzuf an café, ajouta-t-il en attendant, voulez-
vous loger? Peu m'importe, ami, je pars après-demain
pour le Tyrol.
Text mode Audio mode
page 33 (screen 45 of 356)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text