31 LETTRES Tu as vu là aussi le groupe du Christ au tombeau, qui est certainement la plus froide pensée de Canova. Le bronze de ce groupe est dans le temple de Possagno, ainsi que le tom- beau qui renferme les restes du sculpteur; c'est un sar- cophage grec très-simple et très-beau, exécuté sur ses dessins. Un autre groupe du Christ au linceul, 'peint à l'huile, décore le maltre-autel. Canova, le plus modeste des sculp- teurs, avait la prétention d'être peintre. Il a passé plusieurs années à retoucher ce tableau, fils heureusement unique de sa vieillesse, que, par affection pour ses vertus et par res- pect pour sa gloire, ses héritiers devraient conserver pré- cieusement chez eux, et cacher à tous les regards. Je suivis la route d'Asolo le long d'une rampe de collines couvertes de figuiers; j'embrassai ce riche aspect de la Vénétie pendant plusieurs lieues, sans être fatigué de son immensité, grâce à la variété des pre- miers plans, qui descendent par gradins de monticules et de ravines jusqu'à la surface unie de la plaine. Des ruis- seaux de cristal circulent et bondissent parmi ces gorges, dont les contours sont hardis sans âpreté, et dont le mou- vement change à chaque détour du chemin. C'est le sol le plus riche en fruits délicieux et le climat le plus sain de l'Italie. A Asolo, village assis comme Possagno sur le flanc des Alpes à l'entrée d'un vallon non moins beau, je trouvai un montagnard qui partait pour Trévise, assis ma- jestueusement sur un char tramé par quatre ânesses. Je le priai, moyennant une modeste rétribution, de me faire in peu de place parmi les chevreaux qu'il transportait au marché, et j'arrivai à Trévise le lendemain matin, après avoir dormi fraternellement avec les innocentes bêtes qui devaient tomber le lendemain sous le couteau du boucher. Cette pensée m'inspira pour leur mattre une horreur invin-