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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

Publisher : Michel-Lévy frères (Paris)

Date of publication : 1857

Subject : Vénétie (Italie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : 1 vol. (VIII-344 p.) ; in-18

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k1061085

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31293770j

Description : Collection : Collection Michel-Lévy

Provenance : bnf.fr

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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

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18 LETTRES

au lieu s'est cemmis quelque meurtre, bien est
arrivée, par accident, quelque mort violente. A deux pas de
la madone était un précipice qu'il fallait côtoyer pour sortir
du défilé. La lampe, sinon fa protection de la Vierge, devait
être fort utile aux voyageurs de nuit.

Une idée folle, l'illusion d'un instant, un
rêve qui ne fait que traverser le cerveau, suffit pour bou-
leverser toute une Ame et pour emporter dans sa course le
bonheur ou la souffrance de tout un jour. Ce voyage d'Amé-
rique avait déroulé, en cinq minutes, un immense avenir
devant moi; et quand je me réveillai sur une cime des Alpes,
il me sembla que, de mon pied, j'allais repousser la terre et
m'élancer dans l'immensité. Ces belles plaines de la Lom-
bardie, cette mer Adriatique qui fiottait comme un voile de
brume à l'horizon, tout cela m'apparut comme une conquête
épuisée, comme un espace déjà franchi. Je m'imaginai que,
si je voulais, je serais demain sur la cime des Andes. Les
jours de ma vie passée s'effacèrent et se confondirent en un
seul. Hier me sembla résumer parfaitement trente ans de
fatigue; aujourd'hui, ce mot terrible, qui, dans la grotte
d'Oliero, m'avait représenté l'effrayante immobilité de la
tombe, s'effeça du livre de ma vie. Cette force détestée, cette
morne résistance à la douleur, qui m'avait rendu si triste,
se fit sentir à moi, active et violente, douloureuse encore
mais orgueilleuse comme le désespoir. L'idée d'une éternelle
solitude me fit tressaillir de joie et d'impatience, comme
autrefois une pensée d'amour, et je sentis ma volonté s'élan-
cer vers une nouvelle période de ma destinée.-C'est donc
ou tu en es? me disait une voix intérieure; eh bien 1
marche, avance, apprends.

Au coucher du soleil, je me trouvai au faite
d'une crête de rochers; c'était dernière des Alpes. A mes
pieds s'étendait la Vénétie, immense, éblouissante de lumière
et d'étendue. J'étais sorti de la montagne, mais vers quel

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

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