D'UN VOYAGEUR. il tâchant d'observer tant bien que mal la direction de Trévise, mais sans m'inquiéter de faire trois fois plus de chemin qu'il ne fallait, ou dé passer la nuit au pied d'un genévrier. Je choisis les sentiers les plus difficiles et les moins fréquentés. En quelques endroits, il9 me conduisirent jusqu'à la hauteur des premières heiges; en d'autres ils s'enfonçaient dans des défilés arides où le pied de l'homme semblait n'avoir jamais passé. J'aime ces lieui incultes, inhabitables, qui n'appar- tiennent à personne, que l'on aborde difficilement, et d'où il semble impossible de sortir. Je m'arrêtai dans un certain amphithéâtre dé rochers auquel pas une construction, pas Un animai, pas une plante ne donnait de physionomie parti- culière. II en avait Une terrible, austère, désolée, qui n'ap- parténalt aucun pays, et qui pouvait ressembler à toute autre partie du monde qu'à l'Italie. Je fermai les yeux au pied d'une roche, et mon esprit se mit & divaguer. En un quart d'heure je fis le Mur du monde; et quand je sortis de ce demi-sommeil fébrile, je m'imaginais que j'étais en Amé- rique, dans une de ces éternelles solitudes que l'hointne n'a pu conquérir encore sur là nature sauvage. Tu ne saurais te figurer combien cette illusion s'empara de moi je m'atten- dais presque à voir le boa dérouler ses anneaux sur les ronces desséchées et lé bruit du vent nie semblait la toit des pan- thères errantes parmi lès rochers. Je traversai ce désert sans rencontrer un seul accident qui dérangeât mon rêves Mais, au détour de la montagne, je trouvai une petite niche eieusée dans le roc, avec sa madone et la lampe que la dévotion des montagnards entretient et rallume chaque soir, jusque dans les solitudes les plus reculées. Il y avait, su pied de l'autel rustique, un bouquet de fleurs cultivées et houvellementcueil- lies. Cette lampe encore fumante, ces fleurs de la vallée, toutes fralches encore, à plusieurs milles dans la montagne stérile et inhabitée, étaient les offrandes d'un culte plus naïf et plus touchant qu'aucune chose que j'aie vde en ce genre. En général, ces croix et ces madones s'élèvent dans lé désert