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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

Publisher : Michel-Lévy frères (Paris)

Date of publication : 1857

Subject : Vénétie (Italie) -- Descriptions et voyages -- 19e siècle

Type : monographie imprimée

Language : French

Format : 1 vol. (VIII-344 p.) ; in-18

Format : application/pdf

Copyright : domaine public

Identifier : ark:/12148/bpt6k1061085

Source : Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31293770j

Description : Collection : Collection Michel-Lévy

Provenance : bnf.fr

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Title : Lettres d'un voyageur (Nouv. éd.) / par George Sand

Author : Sand, George (1804-1876)

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82 LETTRES

auparavant. Cette petite plante tleurissait maintenant sur
sa montagne, plusieurs lieues de moi. Jp l'avais respectée;
je n'avais emporté d'elle que son exquise senteur. P'pù
vient qu'elle l'avait laissée? Quelle chose précieuse est donc
le parfum, qui, sans rien faire perdre la plante dont il
émane, s'attache aux mains d'un ami, et le suit en voyage
pour le charmer et lui rappeler longtemps la beauté de la
fleur qu'il aime'? \jb parfum de l'Ame, c'est le souvenir.
C'est la partie la plus délicate, la plus suave du coeur, qui
se détache pour embrasser un autre cœur et le suivre par-
tout. L'affection d'un absent n'est plus qu'un parfum; niais
qu'il est doux et suave 1 qu'il apporte, à l'esprit abattu et
malade, de bienfaisantes images et de chères espérances I
Ne crains pas, ô toi qui as laissé sur mon chemin cette trace
embaumée, ne crains jamais que je la laisse se perdre. Je
la serrerai dans mon cœur silencieux, comme une essence
subtile dans un flacon scellé. Nul ne la rpspirera que moi,
et je la porterai à mes lèvres dans mes jours de détresse,
pour y puiser la consolation et la force, les. fêves du passé,
l'oubli du présent.

Je me souviens que, lorsque j'étais, enfant, les
chasseurs apportaient à la maison, vers l'automne, de belles
et douces palombes ensanglantées. On me donnait celles qui
étaient encore vivantes, et j'en prenais soin. J'y mettais la
même ardeur et les mêmes tendresses qu'une mère "pour
ses enfants, et je réussissais a en guérir quelques-unes. A
mesure qu'elles reprenaient la force, elles devenaient triste
et refusaient les fèves vertes, que, pendant leur malade
elles mangeant avidement dans ma main. Dès qu'elles pou-
vaient étendre les ailes, elles s'agitaient dans la cage et se
déchiraient aux barreaux. Elles seraient mortes de fatigue
et de chagrin si je ne leur eusse donné ta liberté. Aussi je
m'étais habitué, quoique égoïste enfant s'il en fût, sacri-
fier le plaisir de la possession au plaisir de la générosité.

Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680

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