D'UN VOYAGEUR. 17
à l'âme humaine, et qui, en revanche, lui révéla l'espé-
rance du ciel. C'est la Providence que tu méconnais sou-
vent, mais à laquelle te ramènent les vives émotions de ta
joie et de ta douleur. Elle s'est apaisée, elle a exaucé mes
prières, elle t'a rendu à mon amitié; c'est à moi de la bénir
et de la remercier. Si sa bonté t'a fait contracter une dette
de reconnaissance, c'est moi qui me charge de l'acquitter,
ici, dans le silence de la nuit, dans la solitude de ces monts,
dans le plus beau temple qu'elle puisse ouvrir à des pas
humains. Écoute, écoute, Dieu terrible et bon 1 Il est faux
que tu n'aies pas le temps d'entendre la prière des hommes;
tu as bien celui d'envoyer à chaque brin d'herbe la goutte de
rosée du matin! Tu prends soin de toutes tes œuvres avec
une minutieuse sollicitude; comment oublierais-tu le cœur
de l'homme, ton plus savant, ton plus incompréhensible ou-
vrage ? Écoute donc celui qui te bénit dans ce désert, et qui
aujourd'hui, comme toujours, t'offre sa vie, et soupire après
le jour où tu daigneras la reprendre. Ce n'est pas un de-
mandeur avide qui te fatigue de ses désirs en ce monde;
c'est un solitaire résigné qui te remercie du bien et du mal
que tu lui as fait.
C'est ce qui me força de
revenir vers la Lombardie et de remettre le Tvrol à la semaine
prochaine. J'arrivai à Oliero, vers les quatre heures de l'après-
midi, après avoir fait seize milles à pied en dix heures, ce
qui, pour un garçon de ma taille, était une journée un peu
forte. J'avais encore un peu de fièvre, et je sentais une cha-
leur accablante au cerveau. Je m'étendis sur le gazon à l'en-
trée de la grotte, et je m'y endormis. Mais les aboiements
d'un grand chien noir, à qui j'eus bien de la peine à faire
entendre raison, me réveillèrent bientôt. Le soleil était des-
cendu derrière les cimes de la montagne, l'air devenait tiède
et suave. Le ciel, embrasé des plus riches couleurs, teignait
la neige d'un reflet couleur de rose. Cette heure de sommeil
avait suffi pour me faire un bien extrême. Mes pieds étaient
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680