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li LETTRES

Et toi, tu poursuivais ton chant sublime et bittrre tout
à l'heure cynique et fougueux comme une ode antique,
maintenant chaste et doux comme la prière d'un enfant.
Couché sur les roses que produit la terre, tu songeais aux
roses de l'Éden qui ne se flétrissent pas; et, en respirant le
parfum éphémère de tes plaisirs, tu parlais de l'éternel encens
que les anges entretiennent sur les marches du trône de Dieu.
Tu l'avais donc respiré, cet encens? Tu les avais donc cueil-
liés, ces roses immortelles? Tu avais donc gardé, de cette
patrie des poëtes, de vagues et délicieux souvenirs qui t'em-
pêchaient d'être satisfait de tes folles jouissances d'ici-bas
Suspendu entre ia terre et le ciel avide de l'un, curieux
de l'autre, dédaigneux de la gloire, effrayé du néant, incer-
tain, tourmenté, changeant, tu vivais seul au milieu des
hommes; tu fuyais la solitude et la trouvais partout. La puis-
sance de ton âme t2 fatiguait. t."» pensées étaient trop vastes,
tes désirs trop immenses, tes épaules débiles pliaient sous le
fardeau de ton génie. Tu cherchais dans les voluptés incom-
plètes de la terre l'oubli des biens irréalisables que tu avais
entrevus de loin. Mais quand la fatigue avait brisé ton corps,
ton âme se réveillait plus active et ta soif plus ardente. tu
quittais les bras de tes folles maîtresses pour t'arrêter en
soupirant devant les vierges de Raphaël. Quel est donc,
disait, à propos de toi, un pieux et tendre songeur, ci jeune
homme qui s'inquiète tant de la blancheur des marbres ?
Comme ce fleuve des montagnes que j'entends mugir dans
les ténèbres, tu es sorti de ta source plus pur et plus limpide
que le cristal, et tes premiers flots n'ont réfléchi que la blan-
cheur des neiges immaculées. Mais effrayé sans doute du
silence de la solitude, tu t'es élancé sur une pente rapide,
tu t'es précipitéparmi des écueils terribles, et, du fond des
abtmes, ta voix s'est élevée, comme le rugissement d'une
joie âpre et sauvage.

De temps en temps, tu te calmais en te perdant dans un
beau lac heureux de te reposer au sein de ses ondes pas-
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