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D'UN VOYA.GEGR. il

yeux pour que la salle du Conservatoire devint une vallée des
Alpes, et pour que Habeneck, placé, l'archet en main, à la
tête de toute cette harmonie, se transformât en chasseur de
chamois, Engelwald au front chauve, ou quelque autre.
Beaux rêves de voyage et de solitude, colombes errantes qui
avez rafraîchi mon front du battement de vos ailes, vous
êtes retournés à votre aire enchantée, et vous m'attendez.
Me voici prêt à vous atteindre, à vobs saisir; m'échapperez-
vous comme tous mes autres rêves ? Quand j'avancerai la
main pour vous caresser, ne vous envolerez-vous pas, ô mes
sauvages amis ? N'irez-vous pas vous poser sur quelque autre
cime inaccessible mon désir vous suivra en vain ?
J'avais pris dans la journée sous un beau rayon de soleil
quelques heures de repos sur la bruyère. Afin d'éviter la
saleté des gttos, je m'étais arrangé pour marcher pendant
les heures froides de la nuit et pour dormir en plein air
durant le jour. La nuit fut moins sereine que je ne l'avais
espéré. Le ciel se couvrit de nuages et le vent s'éleva. Mais
la route était si belle, que je pus marcher sans difficulté au
milieu des ténèbres. Les montagnes se dressaient à ma droite
et à ma gauche comme de noirs géants le vent s'y engouf-
frait et courait sur leurs croupes avec de longues plaintes.
Les arbres fruitiers, agités violemment; semaient sur moi
leurs fleurs embaumées. La nature était triste et voilée, mais
toute pleine de parfums et d'harmonies sauvages. Quelques
gouttes de pluie m'avertirent de chercher un abri dans un
bosquet d'oliviers situé à peu de distance de la route j'y
attendis la fin de l'orage. Au bout d'une heure le vent était
tombé, et le ciel dessinait au-dessus de moi une longuo
bando bleue, bizarrement découpée par les anfiactuositcs
des deux murailles de granit qui le resserraient. C'était lo
môme coup d'oeil que nous avions en miniature à Venise,
quand nous marchions le soir dans ces rues obscures, étroites
et profondes, d'où l'on aperçoit la nuit étendue au-dessus
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