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nous quelque crise morale? Je ne saurais attribuer tant
de part dans ma vie à la fatalité. Je crois à une Providence
spéciale pour les hommes d'un grand génie ou d'une grande
vertu; mais qu'est-ce que Dieu peut avoir à faire à moi?
Quand nous étions ensemble, je croyais au destin comme
un vrai musulman. J'attribuais à des vues particulières, à dea
tendresses maternelles ou à des prévisions mystérieuses de
cette Providence envers toi, le bien et le mal qui nous arri-
vaient. Je me voyais forcé à tel ou tel usage de ma volonté
comme un instrument destiné à te faire agir. J'étais un des
rouages de ta vie, et parfois je sentais sur moi la main do
Dieu qui m'imprimait ma direction. A présent que cette
main s'est placée entre nous deux, je me sens inutile et
abandonné. Comme une pierre détachée de la montagne, je
roule au hasard, et les accidents du chemin décident seuls
de mon impulsion. Cette pierre embarrassait les voies du
destin, son souffle l'a balayée; que lui importe ou elle ira
tomber?
Je croirais assez que mon
ancienne affection pour le Tyrol tient à deux légers souve-
nirs celui d'une romance qui me semblait très-belle quand
j'étais enfant, et qui commençait ainsi
Yen lu monts da Tyrol poumUrint le cbamoii
Eogelwald au front chauve a pmé sur la neige, etc.
et celui d'une demoiselle avec qui j'ai voyagé, une nuit, il
y a bien dix ans, sur la route de à La diligence s'était
brisée à une descente. Il faisait un verglas affreux et un
clair de lune magni6que. J'étais dans certaine disposition
d'esprit extatique et ridicule. J'aurais voulu être seul; mais
la politesse et l'humanité me forcèrent d'offrir le bras à ma
compagne de voyage. Il m'était impossible de m'occuper
d'autre chose que de ce clair de lune, de la rivière qui rou-
lait en cascade le long du chemin, et des prairies baignées
d'une vapeur argentée. La toilette de la voyageuse était pro-
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, K-13680