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APHILIPPEVILLBETBONE. 5

courus, et de l'insouciance de la Compagnie des
Messageries impénates qui confiait son service à de
pareils navires; c'était lui, et non un marin, qui
avait poussé les cris d'alarme que j'avais entendus;
on assurait que si la nuit avait duré quelques heures
de plus, la frayeur l'aurait rendu fou. Le capitaine,
avec ce flegme et cette habitude des obstacles im-
prévus qui caractérise les gens de mer, ne voulait
pas nous dire l'heure à laquelle nous arriverions, il
prétendait n'en rien savoir une fois cependant il
parla de midi, si tout allait bien.

Vers dix heures le roulis diminua; les montagnes
apparaissaient distinctes; le soleil nous chauffait et
séchait les malheureux qui avaient passé la nuit sur
le pont à midi nous étions arrivés dans la baie
de Stora.

En face de nous, à droite, on voyait le blanc vil-
!age de ce nom, port bien modeste de l'orgueilleuse
cité de Philippeville, qui se déployait à gauche sur
la côte pittoresque d'une mer trop peu profonde
pour nous permettre d'approcher davantage. On jeta
l'ancre. Pour moi je contemplais avec un naïf éton-
nement ces montagnes verdâtres et ce soi brun,
presque surpris de les trouver semblables à nos
montagnes d'Europe. Je ne sais pourquoi; mais
depuis le long temps que je désirais voir l'Afrique,
je m'en étais fait une idée si ravissante; l'imagina-
tion m'avait si bien familiarisé avec les rêves les
plus étranges sur cette nouvelle terre promise, que
j'étais confus et désappointé d'y trouver tout comme
ailleurs, et de voir ainsi disparaître mes illusions.
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