TUNIS ET CARTHAGE. 65 4. nous à table pour dîner, qu'on vint nous annoncer' la mort du bey; c'était au moins le bruit public.. Décidément, je n'avais pas de chance telle fut ma première pensée. Quelle heureuse chancel fut la seconde j'allais assister à l'enterrement, voir les cérémomes; et s'il y avait une émeute, comme on le craignait, c'était un plaisir d'une autre espèce, un spectacle que l'on ne peut pas se procurer à sa guise. Passe pour Néron de faire brûler Rome. afin de jouir du magnifique tableau de l'incendie. Le com- mun des mortels doit se contenter de prendre au passage ces spectacles terribles qui laissent des sou- venirs ineffaçables, des émotions brû!antes, des images saisissantes et grandioses, mais que notre conscience nous défend de désirer. Je me couchai donc, le cœur plein d'une anxieuse impatience, où le secret espoir d'assister a une scène émouvante l'emportait de beaucoup sur le désir d'une issue calme et tranquille des événements, et sur la crainte d'une fin tragique. J'étais resté à moitié habillé pour être prêt à tout événement, mes armes à ma portée, et j'essayai de m'endormir. Je croyais avoir pris toutes les pré- cautions nécessaires contre une attaque, mais j'avais compté sans mon hôte. Outre les voyageurs payants, et surtout sans les consulter, M. François a coutume de loger encore une foule de commensaux gratuits qui se distribuent dans toutes les chambres, et font aux Européens une guerre sourde et acharnée. Je ne tardai pas à m'apercevoir que mon domicile était occupé par des sauteurs, ailés ou non, qui, malgré