62 TUNIS ET CARTHAGE. chambres ou galeries assez profondes où travaillent des juifs et des juives auxquels est réservé le pri- vilége d'habiller les grands personnages. Au haut de la ville se trouve la citadelle ou Kasbah, vaste construction blanche et informe. Somme toute, Tunis n'a aucun édifice digne d'être mentionné nulle part on n'y trouve rien de grandiose et de vraiment digne d'une ville de quatre-vingt mille âmes; nulle part le luxe architectural n'y dépasse le degré du joli. Mais si l'ensemble est plus que médiocre et souvent mesquin, on y découvre plus d'un détail original, parfois remarquable par sa bizarrerie même. Le triste état des quartiers orientaux de la ville donne une idée saisissante de la décadence mu- sulmane. Ces quartiers ne se composent plus que de maisons en ruine ou vides, et sont une preuve évidente que Tunis était autrefois plus peuplée qu'au- jourd'hui. En y passant, on se croirait dans une ville renversée par un tremblement de terre; tout y est désert, mort, et cependant on est encore à l'inté- rieur des remparts. H paraît, du reste, que le bey a de grands projets, et que l'on va entreprendre des travaux considé- rables pour rendre la vie à cette cité qui pourrait avoir devant elle un si bel avenir. J'ai parlé déjà du boulevard à l'européenne qui devra joindre la ville au lac, et remplacer la route nue et sans ombre que nous avions suivie en arrivant de la douane. On doit en même temps réparer et remettre à neuf deux grands aqueducs, dont l'un, qui a plusieurs lieues de,