A PHILIPPEVILLE ET BONE. 3 moins chère. Une centaine de zouaves et de chas- seurs d'Afrique revenant de la guerre d'Italie par- tageaient avec eux à la fois ce triste lit de planches dures qui tour à tour se dérobait sous leurs corps fatigués et les faisait rebondir par un choc violent, et ce double baptême que leur donnaient à l'envi les eaux du ciel et celles de l'abîme saté- Au milieu de ce tumulte et de ces cris confus, on distinguait la voix du capitaine donnant des ordres et celle des matelots qui exécutaient avec zèle et ensemble les manœuvres qu'il leur prescri- vait pour la sûreté du navire. Soudain les cris de- vinrent plus sinistres; j'écoutai attentivement je ne m'étais pas trompé, on venait de répéter le mot saisissant: « Une chaloupe à la mer; )) et le cri plus fatal encore de « Sauve qui peut. )) Que faire? je me levai, et, en me tenant aux parois des cabines pour ne pas tomber, je finis par atteindre la porte; il pleuvait à verse et je n'avais guère envie de me mouiller; la voix du capitaine dominait tou- jours les éléments en furie; je retournai tranquille- ment à ma place, et me rassis en attendant la suite du drame. En pareil cas, il vaut mieux ne pas trop se presser; dans tous les naufrages, les gens les plus impatients de se sauver ont ordinairement couru à leur perte; tandis que d'autres plus calmes et restés les derniers sur le navire ont pu souvent s'en tirer. D'ailleurs rien ne bougeait dans les ca- bines qui m'entouraient; personne n'en sortait. Évidemment le capitaine ne pouvait nous laisser périr sans nous prévenir à temps; j'attendis donc