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56 TUNIS ET CARTHAGS.

deviendrait fatal dans une voie encombrée et
qui n'a pas deux mètres de large. Dans les rues
extérieures, on rencontre des troupeaux entiers
d'ânes, pas même bridés, qui ne sont conduits que
par leur intelligence et leur esprit de corps. Les
chameaux circulent aussi en foule dans les fau-
bourgs, se trouvent à chaque pas de vastes ca-
ravansérails pour les recevoir et les loger. Ce sont
de grandes cours bordées de hangars en guise
d'écuries. On ne peut se faire une idée, si on ne !'a
vu, du nombre énorme de caravanes qu'amène
constamment à Tunis le mouvement du com-
merce. On compterait par milliers les chameaux et
les ânes qui vont et viennent sans cesse, portant du
blé et d'autres denrées, et faisant communiquer
Tunis avec l'intérieur du pays, le Soudan et t'Ëgypte.
« C'est ici le pays des bêtes, » me disait avec une
vérité frappante mon compagnon de route.
La division du travail est très-grande à Tunis, en
ce sens que chaque commerce, chaque industrie a
son quartier à part, l'on trouve réunis tous les
gens d'une même profession; et ce n'est pas un
des spectacles les moins curieux de cette ville
étrange que de voir comme tout s'y fait autre-
ment qu'en Europe. Non-seulement, pour chaque
métier, l'outillage est encore le même qu'il y a trois-
mille ans, mais en outre une foule d'opérations
se font au rebours de chez nous. Ordinairement
ils emploient la main gauche, ou nous nous
servons de la droite; ils rabotent, ils scient en sens
inverse.
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