2 DE MARSEILLE tribut accoutumé. Le repas n'avait pu égayer la tristesse et l'abattement de ces quelques élus qui seuls au nombre de six s'étaient assis à table, moins encore par appétit que pour se distraire; la nappe avait été couverte du violon, sorte de cadre en bois traversé en tous sens par des cordes, et formant ainsi des triangles et des carrés réguliers dans les- quels on plaçait les assiettes, les verres et les bou- teilles pour les empêcher de se renverser à chaque mouvement du navire. Bientôt la nuit vint chacun se retira dans sa cabine j'étais resté sur le pont jusqu'à ce que la pluie me forçât de descendre. Je m'assis alors de- vant la table au-dessous de la trappe vitrée qui servait à aérer le salon, afin de respirer autant que possible l'air frais qui venait d'en haut. Je m'en- dormis bientôt, mais pour être réveillé quelques heures après par des cris et des lamentations; la pluie tombait à verse, le mouvement du navire avait augmenté, l'eau avait pénétré par les écoutilles de plusieurs cabines, et l'on entendait les gémisse- ments des malheureux voyageurs qui, transis de froid et mouillés, ne savaient plus où se réfugier. Un demi-mètre d'eau se balançait d'un côté du pont à l'autre. On peut se figurer t'état dans lequel se trou- vaient, non-seulement les chevaux que nous avions embarqués, et qui à chaque mouvement du vais- seau étaient obligés de faire des efforts d'équilibre sur ce plancher glissant, mais encore les nombreux passagers installés sur le pont; où la traversée est